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Musique

Sophie Hunger, après l’éclipse le beau temps

Elle ne voulait plus jouer, elle revient avec un cinquième album où elle chante un duo avec Eric Cantona

Sophie Hunger, après l’éclipse le beau temps

Musique Elle ne voulait plus jouer, elle revient avec un cinquième album où elle chante un duo avec Eric Cantona

La Bernoise a eu besoin de s’échapper pour livrer un super «Supermoon». Rencontre

Arrivée à saturation. Après six ans de tournée non-stop, Sophie Hunger n’avait qu’une envie: arrêter de jouer. «Je ne voulais plus être dans la lumière, ni aller dans des clubs. Je voulais être seule, pas visible», raconte-t-elle avec son accent suisse-allemand appuyé, son petit sourire timide et son regard bienveillant presque planqué derrière une frange brune coupée net qu’elle s’applique à aplatir avec ses mains. Mais après l’éclipse, le beau temps. La Bernoise signe son retour vendredi avec Supermoon.

En six ans, la chanteuse avait aussi, accessoirement, sorti trois disques. Monday’s Ghost (en 2009), qui l’a fait connaître du grand public; 1983, un an plus tard, qui contenait la délicate reprise de Noir Désir «Le vent nous portera» (2 millions de vues sur YouTube); et enfin Danger of Light et son tube «Likelikelike», en 2012. 250 000 albums vendus, des centaines de concerts en Europe et aux Etats-Unis.

Le fil conducteur entre ces albums: le style Hunger, inimitable. «Ce n’est pas facile à vendre pour une maison de disques. Je sens parfois que c’est un problème. D’abord les gens ont dit: «C’est du jazz.» Et puis il a fallu du temps pour que le public du rock et de la pop me prenne au sérieux. Ce n’est pas toujours facile d’expliquer mon style. Je ne change pas, ça ne sert à rien, je ne sais pas faire autrement!»

Et c’est tant mieux. Neuf ans après son éclosion artistique sur son premier disque, Sketches on Sea, Sophie Hunger poursuit sa trajectoire étonnante. La jeune femme de 32 ans fait de la musique comme elle respire. C’est d’ailleurs pour cette raison que, après son ras-le-bol et son départ à San Francisco – «c’était bien d’être une étrangère dans un pays où je ne connaissais personne» –, elle n’a pas tenu plus de deux semaines sans s’acheter une guitare. «Je m’ennuyais à mort, je devais faire quelque chose avec mes mains. Les gens pensent que la musique, c’est spirituel. Pour moi, c’est physique.»

Très vite aussi, elle rencontre des musiciens de la scène punk locale. «Le plus drôle, c’est qu’ils connaissaient des groupes punk de Zurich des années 80. Ils m’ont montré la ville, puis des studios. Et par leur biais, j’ai rencontré John Vanderslice.» C’est au contact de ce musicien, producteur et ingénieur du son que la Bernoise se remet à composer. Sur les 18 titres que contient la Deluxe Edition de son nouvel album, l’auteure-compositrice-interprète est arrivée en studio «très sûre et très préparée» avec 12 morceaux. Pour les 6 autres, «j’étais moins convaincue. J’ai donc cherché un producteur qui a pris le lead.» Pour remixer certaines chansons, elle a fait appel à Mark Lawson, qui a travaillé avec les Canadiens de Timber Timbre.

Le thème du voyage, l’appel au rêve et la séparation font partie des thèmes phares de Supermoon, qui s’ouvre sur le très aérien «Supermoon», dont le rythme sourd rappelle un cœur qui s’emballe. La voix de Hunger y est sensible, fissurée. Suivent «Mad Miles», entre percussions légères et voix entremêlées qui se réverbèrent, «Queen Drifter» et son piano piano… Et le singulier «Heicho» («rentrer à la maison» en suisse-allemand), qui a passablement ébranlé l’entourage de la chanteuse. Non pas pour son rythme saccadé et les parties chantées avec ses voix comme traitées à l’hélium, mais pour son sujet, parfaitement trash. «C’est un enfant qui dit à sa maman: «Tu as été parfaite, je sais parler quatre langues et je sais dire non, mais je cherche autre chose dans la vie. Ne t’inquiète pas, je vais revenir pour mourir», explique Sophie Hunger. A la fin, il lui balance: «Tu es même si parfaite que tu vas préparer un petit coin pour moi et mettre le drapeau suisse en berne. Tu seras heureuse de voir que le rouge est encore si fort.» Malaise. «En fait, cette chanson était un peu mon hymne pour le départ. J’y ai mélangé l’idée de partir et le fait qu’un petit déclare ce genre de chose à sa mère, histoire d’augmenter encore le contraste. C’est la première fois que je le dis ainsi, mais c’est exactement ça.» Pour détendre l’atmosphère et reprendre ses esprits, on privilégiera donc l’enjoué «Superman Woman», morceau enregistré dans la bonne humeur. «Ja, c’était très drôle, on était très heureux.»

Comme à son habitude, Hunger chante en allemand, anglais et français, trois couleurs qui lui vont aussi bien les unes que les autres. «Vu que je ne parle pas bien le français, je suis condamnée à faire des reprises. Mais j’aime tellement cette langue.» Elle que l’on a entendue si bouleversante sur «Ne me quitte pas» reprend maintenant «La Chanson d’Hélène», musique du film de Claude Sautet Les Choses de la vie, en duo avec Eric Cantona. «Je cherchais un homme qui sache dire les phrases sans que ce soit pathétique, dominant ou macho.» Après son break vital et sa participation vocale sur le spectacle Wiebo, en hommage à David Bowie à Paris, Sophie Hunger est bel et bien de retour. La fille qui revient de loin est partie pour aller encore plus loin…

«Supermoon», sortie le 24 avril. Two Gentlemen Records/Caroline International.En concert au Montreux Jazz Festival le 10 juillet 2015.

Le thème du voyage, l’appel au rêve et la séparation font partie des thèmes phares de «Supermoon»

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