La lumière faite voix: telle pourrait être la devise de Barbara Bonney. Elle était là, samedi soir, aux Sommets musicaux de Gstaad pour un récital, avec cette simplicité et ce naturel qui la rendent si attachante. A ses côtés, le pianiste Wolfram Rieger, épousant les contours de sa voix, attentif à la moindre inflexion, discret mais palpable. Un magnifique point d'orgue pour le festival qui boucle ainsi sa troisième édition.

Barbara Bonney est née avec ce timbre radieux, voix qui lui vient du ciel. Mais rien ne semblait la prédestiner à une carrière de cantatrice, puisqu'elle a d'abord joué du piano, puis du violoncelle. A 19 ans, elle traverse l'Atlantique pour parfaire ses études d'allemand à Salzbourg, et s'inscrit aux cours de chant du Mozarteum. Née dans le New Jersey en 1956, la soprano est reconnue pour être une spécialiste de Mozart et Strauss. Et le lied est devenu son répertoire de prédilection.

Comme par défi, l'Américaine a choisi un des cycles les plus énigmatiques (Frauenliebe und Leben de Schumann). Elle saisit à merveille l'ambivalence qu'éprouve la jeune fille à l'égard de l'homme qu'elle aime. Elle y met cette naïveté désarmante, cette candeur qui la rendent si impuissante face au destin tragique qui l'attend. Schumann a composé son cycle deux mois avant le mariage avec Clara. Il y a comme une prémonition dans cette œuvre, puisqu'il mourra prématurément, en proie à des hallucinations. Les huit lieder décrivent les étapes intérieures de la vie d'une femme, extasiée par l'amour qu'elle voue à un homme plus âgé qu'elle. Or voilà que cet homme meurt.

D'emblée, le pianiste installe un climat d'attente lié à la première rencontre (Seit ich ihn gesehen). Après s'être chauffée, Barbara Bonney donne la pleine mesure de sa voix, variant le timbre pour rendre la charge des émotions. On sent toutefois une fragilité, qui s'exprime dans ces aigus qui tiennent à un fil, comme si la Mort rôdait avec sa faux. Ailleurs, Barbara Bonney enfle la poitrine, arrondit la cavité buccale. La voix se fait charnelle. Elle chante l'émoi une fois le mariage scellé: «Je veux le servir, je veux vivre pour lui, je veux lui appartenir entièrement et me trouver transfigurée par son éclat.»

Puis tout s'effondre. Bêtement. Dans le dernier lied, elle traduit le réflexe instinctif qui amène la femme, maintenant mère, à embrasser le veuvage et à s'emmurer dans le silence. Il ne reste plus qu'à implorer le Seigneur – avec cette passion enflammée qu'y mettait Liszt! La transition était toute trouvée, quoiqu'involontaire sans doute. Der du von dem Himmel bist (d'après Goethe) est une sorte d'hymne. Les lignes mélodiques sont calquées sur l'opéra de Bellini. Culminant avec une cadence puissamment ornementée, ce lied permet à la cantatrice de livrer tout l'éventail de ses couleurs vocales.

Charme et séduction: Barbara Bonney prend la parole, s'adresse au public avant les airs d'opérettes viennoises qu'elle tend comme un bouquet de fleurs. Le timbre est frais, l'humeur légère et un rien cabotine. On imagine Barbara Bonney sur la scène de la Volksoper de Vienne. Avec un pas valsant et un clin d'œil dans la voix.