«Cette vérité, tu me la dois!» Ce 13 mai 1987, le procès de Klaus Barbie a commencé depuis quelques jours. Et le narrateur d’Enfant de salaud, le nouveau roman de Sorj Chalandon, est chargé de le couvrir pour le journal Libération – comme l’auteur à l’époque. Le tribunal est une arène où la foule se presse. Au fond, un vieillard fait impression, avec sa canne coiffée d’un aigle en argent, son ruban rouge au revers de son manteau, son visage creusé comme une crypte. Un résistant, frémit-on dans l’assistance. C’est le père du narrateur, celui qui régnait déjà sur Profession du père (2015), un affabulateur de génie qui n’a cessé de repriser les lambeaux de son passé pendant la guerre, prétendant avoir été un héros.