Genre: Économie politique
Qui ? Paul Krugman
Titre: Sortez-nous de cette crise… maintenant!
Traduit de l’anglais par Anatole Muchnik, avec la collaboration scientifique d’Eloi Laurent
Chez qui ? Flammarion, 284 p.

La crise qui s’éternise des deux côtés de l’Atlantique est destructrice: de richesse, de perspectives pour des générations entières, de talents. Elle est aussi dangereuse sur le plan politique, l’expérience des années trente est là pour le rappeler. Et surtout, elle est évitable. On connaît – les années trente de nouveau – les erreurs à ne pas commettre (celles-là mêmes qu’on commet aujourd’hui) et les recettes qui permettent d’en sortir.

Prix Nobel d’économie en 2008, Paul Krugman se dit modérément keynésien – une modération que lui contesteront sans doute ceux pour qui l’économiste de Cambridge reste l’homme à abattre. Il utilise en tout cas abondamment les concepts mis au point par ce dernier pour interpréter la crise actuelle. A commencer par la trappe à liquidité qui rend inefficaces tous les efforts de relance par la baisse des taux d’intérêt. Et en continuant par la conviction martelée que seule une activation de la demande par l’Etat peut remettre en route une machine paralysée par la méfiance.

A ceux qui objectent que cela ne marche pas, il rétorque en deux points. Cela a marché si l’on se réfère non au New Deal mais à la mise en place d’une économie de guerre dès 1940. Et cela peut remarcher à condition d’oser des investissements comparables, bien loin de ceux consentis par l’administration Obama en 2009.

Cela implique, certes, de renoncer à réduire la dette dans l’immédiat et d’accepter un risque inflationniste. Pas grave, estime Krugman: les dettes ne diminuent pas quand on s’applique à les réduire par l’austérité mais lorsque les ressources – et, raisonnablement, l’inflation – augmentent. Pire, l’obsession – privée et publique – du désendettement figure au nombre des causes du marasme actuel. Quant au danger de voir l’inflation atteindre des niveaux alarmants, il est bien loin, fait-il valoir – tous les cris d’alarme poussés à cet égard depuis quelques années se sont avérés sans fondement. D’ailleurs, un peu d’inflation – disons, 4% l’an – est favorable aux forces productives d’un pays même si rentiers et créanciers ont des raisons de la craindre.

Le plaidoyer, vibrant et mené avec un talent incontestable pour la vulgarisation, ne convaincra pas un seul tenant de l’orthodoxie monétaire. Mais il permettra certainement à ceux qui s’y perdent un peu dans les débats d’experts de mieux distinguer les fronts et de comprendre le substrat théorique des voix qui plaident, aujourd’hui, pour moins d’austérité et plus de relance.