Comme chaque automne, le monde de l'art est en effervescence à Zurich. Les trois grandes maisons tiendront leurs ventes d'art suisse lundi (Sotheby's), mardi (Phillips de Pury & Luxembourg) et jeudi (Christie's). Ce sont près de 400 peintures qui seront mises aux enchères, la palme d'or de la quantité revenant à Sotheby's (168 lots). Un moment attendu pour déterminer si le marché de l'art constitue une valeur refuge en période de déprime économique.

Belle marchandise difficile à trouver

Jusqu'à présent, les différents signaux restent contradictoires. Hans-Peter Keller, commissaire priseur chez Christie's, ne redoute pas la vente, les acheteurs helvétiques, qui constituent encore la principale clientèle pour la peinture suisse, se tenant relativement à l'abri des aléas internationaux. Toutefois, concède-t-il comme son confrère Urs Lanter de Sotheby's, il est aujourd'hui moins aisé de trouver de la belle marchandise. Phillips, dont l'état de santé inquiète certains, n'a par contre pas, affirme Irène Stoll, ressenti cette difficulté.

De fait, parmi les lots phares, c'est la maison de Simon de Pury et Daniella Luxembourg qui présente les plus beaux Hodler, avec Le Lac Léman avec Mont-Blanc à l'aube (estimation: 1,5 à 2 millions de francs suisses) ou encore Splendeur des lignes II (900 000 à 1,3 million). Les deux autres maisons rivalisent notamment avec des Vallotton. Christie's propose le très beau Baiser, une œuvre de 1898 qui faisait partie de la collection Cohen éparpillée à New York au début du mois. Son estimation (750 000 à 950 000 francs), près de deux fois moins élevée que Sur la plage du même artiste vendue par Christie's en 2000, tient, selon Hans-Peter Keller, à la différence de thème. Le Baiser est plus sombre, plus intime, sans doute moins facile d'accès. Chez Sotheby's, c'est aussi une expression de l'intimité, un thème cher à Vallotton, qui joue les vedettes: Suzanne et les vieillards (estimation: 400 000 à 600 000 francs) est une œuvre puissante car dérangeante qui symbolise le voyeurisme. Pour les moins fortunés, les maisons présentent aussi des artistes mineurs ou des dessins de grands noms dès quelques petits milliers de francs.