Mise sur pied par le Kunstmuseum de Bâle, l’exposition Vincent van Gogh – Entre ciel et terre: les paysages a bénéficié d’un battage publicitaire comme jamais; à l’échelle suisse. Le musée lui-même s’est apprêté, pour le meilleur accueil du public. La cour intérieure a été couverte, un grand écran circulaire suspendu entre terre et ciel pour dévider en images la vie de Van Gogh, la cafétéria agrandie, des casiers à vestiaires ajoutés. C’est l’événement Van Gogh. Au point de se demander comment l’art du Néerlandais avait pu exister et être mis en évidence jusque-là. Ironie larvée à laquelle le directeur du musée, Bernhard Mendes Bürgi, rétorque avec force que «jamais une aussi vaste rétrospective des paysages de Van Gogh n’avait été organisée de par le monde. Ce qui est chose faite, désormais.»

Et Bernhard Mendes Bürgi de s’interroger: «Faut-il toujours opter pour cette vertu très helvétique qu’est la retenue?» Avant de préciser: «Une telle exposition, par son exigence, engage des coûts très élevés; en conséquence de quoi, le recours aux campagnes publicitaires et la sollicitation du plus large public sont une nécessité.» Un demi-million de visiteurs est attendu. Un chiffre énorme. Au regard duquel la région sait l’écho qu’il peut lui apporter (lire en p. 21).

Mais quel argumentaire mettre en avant pour attirer autant de personnes? «L’accent mis sur les tableaux de paysage dédouane Van Gogh des clichés trop souvent répétés à son endroit, fait valoir Bernhard Mendes Bürgi. Et permet de découvrir un peintre passionné par ce que la nature a de cyclique, un artiste intéressé à la fois par la sérialité et par les variations. Nous avons ainsi cherché à reconstituer un triptyque qu’il avait réalisé à Paris. Nous avons également obtenu, grâce à l’approche ciblée que nous avons retenue, des prêts d’œuvres, du monde entier, dont certaines rarement vues du grand public.»

C’est donc un Van Gogh cherchant à se construire, lui, un Van Gogh cherchant, dans le même élan, à construire un langage moderne, en prise avec la sensation vigoureuse de la vie; tel est ce qui est montré. Concours de circonstances, une autre exposition Van Gogh, à Amsterdam, distille le même discours. Consacrée aux représentations vespérales et nocturnes laissées par le peintre, elle montre que la perception par Vincent van Gogh des jeux de contrastes et de scintillements l’amène peu à peu à visualiser les forces invisibles qui relient les éléments entre eux, jusqu’à les façonner, les tisser d’un même souffle à la fois terrifiant et enivrant. Dans une sorte de panthéisme profane, naturaliste, en lequel cet ardent inquiet qu’était Van Gogh voyait une communion de sens entre humains et environnement. Une communion grandiose, exaltante, mais à entretenir perpétuellement car toujours menacée d’être brisée d’un souffle ou d’un manque de souffle. C’est cette prise de conscience qui se construit au fil de la visite au Kunstmuseum de Bâle.