Silence cadenassé dans l'assemblée. Charles Lloyd donne un atelier dans la salle climatisée du Petit Palais. Il se gratte le menton, pose son saxophone à trop longue distance pour qu'il puisse l'embarquer dans l'aventure périlleuse. Il aimerait que les spectateurs donnent leur point de vue, échangent leurs impressions. Il voudrait écouter et se taire.

Pas question. Lloyd s'enfile alors dans le récit de sa vie mais s'interrompt à la moindre opportunité: «Je savais tellement de choses quand j'étais jeune. Et maintenant, j'ignore tout. Je vois cela comme un bon signe.» Il évoque sa vocation cassée, celle de devenir chanteur: «Je sais que j'ai une voix d'une parfaite monotonie, ne m'en voulez pas.» Il y a là, dans ce conte tailladé, l'ébauche d'une galerie d'influences. Duke Ellington, Coleman Hawkins, John Coltrane invoqués dans ce monologue en labyrinthe. Pas de doute, les saxophonistes novices n'ont pas appris ici à phraser les standards. Mais chacun a vu combien la parole de Lloyd est à l'image de son jeu délié. La traque sans compromis des états d'âme.