Erykah Badu. New Amerykah. (Umbrella/Universal)

Retour d'afro. Première partie d'une trilogie déjà mise en bandes, cet album est un brushing de plus pour la soul music. Erykah Badu, dont la voix fait des plis de cristal, se lance dans une épopée de réhabilitation. De quoi? D'elle-même? Oui, mais plus encore, d'un certain esprit africain américain dont les années 1970 se souviennent encore.

Esprit de corps, tendus, bandés, de poursuites de flics à l'assaut des dealers, de l'Amérique qu'on enterre à chaque strophe, d'une noirceur née dans les épisodes pattes d'eph' de la blaxploitation. Une entreprise cinématographique, pleine de récits abîmés, de crépitements. Le dernier Erykah est un film.

Introductions de Roy Ayers qui dessinent le récit d'une soul laminée. On se croirait chez James Brown qui a rejoint Tupac au paradis. Une modernité de l'ancien temps. Faite de fragments d'identité. En apparitions, Madlib, Bilal, Sa-Ra, toutes gens que l'on fréquente quand on croit à une musique noire et populaire pour le siècle en cours.

Badu minaude, certes. Il y a, de-ci de-là, trop de matière pour qu'on saisisse où elle veut en venir. La chose, touffue, frise par instants l'anecdote. Mais l'essentiel demeure, de ce dub capitonné («The Healer»), de ces chants pour faire l'amour («My People»), de rap médusé («Soldier»). Cette Amerykah ne dit rien d'autre qu'un rêve réalisé aujourd'hui aux USA. Erykah pour présidente.