Eternel objet de fantasmes, le sous-marin fascine autant que les abysses qu’il sillonne. Chaque semaine cet été, Le Temps sort son périscope et part à la rencontre de ces monstres submersibles, des grandes découvertes aux naufrages

Episodes précédents

Sur l’écran du sonar, une vaguelette. Un Tom Hanks inquiet se précipite sur le pont. Nous sommes en 1942 et le commandant Krause a été chargé de mener un convoi de navires alliés à travers l’Atlantique. Mais le terrain est miné de U-Boot, ennemis aussi redoutables qu’insaisissables. Krause voit justement émerger des flots un de ces monstres de destruction…

Ces images sont tirées de USS Greyhound: La Bataille du Pacifique, récent blockbuster signé Apple TV+, mais on y verrait presque le retour d’un vieil ami. Car s’il lui manque le glamour, le sous-marin est une véritable star du cinéma. Depuis les années 1920, près de 200 films lui ont été consacrés, tour à tour représenté comme une menace ou plutôt théâtre d’une (périlleuse) aventure. L’an dernier encore, on découvrait, aux côtés d'Omar Sy, François Civil en «oreille d’or», du nom de ces sous-mariniers capables d’identifier les sons sous l’océan, dans Le Chant du loup – un thriller aux 1,5 million d’entrées pour lequel Netflix a manifesté son intérêt.

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Le tournant «Das Boot»

Historiquement, ce sont pourtant les combats sous-marins de la Deuxième Guerre qui ont le plus fasciné Hollywood. Convoi vers la Russie (1943), L’Odyssée du sous-marin Nerka (1958) ou encore U-571 (2000), avec Matthew McConaughey en lieutenant britannique chargé de voler une Enigma dans un sous-marin ennemi: des récits épiques d’officiers courageux… et un point de vue souvent orienté.

«Les U-Boot allemands ont souvent été présentés comme des armes particulièrement immorales, explique Jonathan Rayner, professeur de cinéma à l’Université de Sheffield et spécialiste du film naval. Ce qui est absurde, car tous les sous-marins fonctionnent de la même manière!» En ce sens, Das Boot, sorti en 1981, marquera un tournant en représentant l’équipage allemand «aussi apeuré et héroïque que l’équipage anglais». Son réalisme est souvent salué par les vrais sous-mariniers.

Un réalisme qui se joue aussi dans la cabine: quand certains films font clignoter le maximum de boutons, d’autres tiennent à recréer les conditions historiques. «Pour K19, Kathryn Bigelow a tenu à une réplique parfaite de sous-marin nucléaire, en consultant d’anciens marins soviétiques. Pour se rendre compte que l’acteur, Liam Neeson, était trop grand pour rentrer dedans!»

Règne masculin

Si on l’associe au film de guerre, le genre peut s’en affranchir. Le Naufrage du Laconia (2011), par exemple, raconte l’histoire vraie d’un submersible allemand qui, après avoir coulé un navire britannique, tente d’accueillir les naufragés à son bord. «Le sous-marin devient alors un espace apatride, presque utopique, où l’humanité peut triompher», souligne Jonathan Rayner.

Machine à claustrophobie, le sous-marin se mue aussi en cadre idéal pour scénarios catastrophes ou d’épouvante, où les réacteurs explosent et les monstres rôdent. Un mégalodon, voire de dangereux reptiles dans Des Serpents à bord, navet par excellence disponible sur Amazon Prime.

Malgré ces innombrables variations, certaines recettes reviennent. «Les limites techniques de l’engin sont invariablement testées, du type «on plonge trop bas!» note Jonathan Rayner. L’autorité masculine est aussi omniprésente et contestée: il y a plus de mutineries que n’importe quoi d’autre dans ces films! D’ailleurs, bien qu’il existe des femmes sous-marinières, aucun ne les met en scène à bord, sauf peut-être des comédies comme Opération Jupons avec Cary Grant, où la présence d’une équipe d’infirmières vient perturber l’équipage…»

Mais c’est sans doute parce que le spectateur sait ce qu’il peut en attendre qu’il affectionne autant les films de submersibles. «Tout le monde a son préféré», s’amuse Jonathan Rayner. Aussi parce que ces productions manient parfaitement le suspense, et restent visuellement spectaculaires. «La caméra montre ce qu’un équipage ne pourrait jamais voir: l’image d’un sous-marin se faufilant dans les profondeurs.» Une image à la fois saisissante et glaçante, bref, faite pour le cinéma.