Aide à l’édition, promotion des auteurs et sensibilisation à la lecture: un carton plein.  L’Etat de Vaud met en place, à partir du 1er décembre et jusqu’au 31, une opération de soutien à l’ensemble de la branche livre, qui pourra être reconduite l’an prochain. Forte d’un budget autour de 300 000 francs, elle permettra aux enseignants d’acheter un ouvrage, offert par la suite aux gymnasiens et apprentis. Unique condition: qu’il soit écrit ou publié par un auteur ou un éditeur suisse romand.

Cesla Amarelle, conseillère d’Etat, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture explique l’engagement du canton: «Les acteurs de l’édition subi l’impact de la première vague avec une baisse de fréquentation et des ventes en librairies ainsi que les répercussions sur les auteurs et les éditeurs. Nous avons conçu un soutien bénéficiant à tous les acteurs, qui participe également de la promotion de la lecture.»

LivreSuisse, l'association romande des métiers du livre, est alors intervenue pour mobiliser les éditeurs membres, et aboutir à une liste de plus de 400 titres, émanant de 42 maisons. «Devant une telle action, notre adhésion fut immédiate», souligne Olivier Babel, le secrétaire général. Quant aux livres «il s’agit surtout de recommandations. Les enseignants joueront ensuite le jeu de faire ces achats dans les librairies vaudoises».

Concrètement, un tiers des élèves du postobligatoire du canton bénéficieront de cette mesure — soit 10 000 ouvrages en cadeau. Pour les professeurs, il suffira de passer commande en librairies, la facture sera directement adressée à leur établissement qui dispose d’une enveloppe spécifique pour le règlement.

Celine Besson, propriétaire de la librairie l’Etage à Yverdon y voit «une formidable action de soutien du canton. D’autant que la cible des postobligatoires est certainement la meilleure en regard du catalogue des éditeurs romands ». La libraire collabore déjà avec le gymnase d’Yverdon: «Les professeurs de français ne manqueront pas cette occasion », estime-t-elle.

«Toute la branche du livre a été remuée, quand en mars, le Conseil fédéral l’a exclue des aides Covid», souligne le PDG des librairies Payot, Pascal Vandenberghe. Passée cette décision d’urgence regrettée, et regrettable, les cantons prennent leurs responsabilités. «Le dispositif est extrêmement vertueux, puisqu’il n’intervient pas comme une incitation à la consommation, tout en ciblant ceux qui n’ont plus de lectures obligatoires dans l’enseignement.»

Et la Suisse romande démontre que la librairie, classée dans les commerces essentiels, représente autre chose qu’un commerce, «ce qui n’a rien d’une évidence pour nos voisins alémaniques: la notion culturelle de l’objet livre est très forte, peut-être plus qu’en France », poursuit-il. Depuis le début de la crise, «l’industrie de l’édition n’avait pas été aidée», souligne Cesla Amarelle. En réponse, le canton de Vaud, avec les aides fédérales, affirme avoir débloqué à partir du 1er novembre et jusqu’à fin 2021, 26 millions francs pour le secteur culturel.

Notre précédente «planète livre»: Ouvrir les librairies ou pas? Dilemme au temps du confinement


 In nomine Patris et Filii et Intelligentiae Artifiacialis

Le très secret Vatican vient de révéler l’un de ses lourds mystères : sa bibliothèque qui verse depuis des années dans la numérisation de documents, se sent menacée. Et le Saint-Siège a choisi de riposter face aux risques informatiques que représente une attaque de pirates, en renforçant sa sécurité.

Les serveurs de la Bibliothèque du Vatican disposent en effet de près de 18 000 ouvrages — avec l’objectif de 80 000 —, qu’il convient de mettre à l’abri, indique le Guardian. En l’espace de huit années, la Biblioteca Apostolica Vaticana aurait subi une centaine d’attaques de hackers chaque mois. 

Manlio Miceli, directeur des systèmes d’information, explique que l’État pontifical aura recours aux services d’une intelligence artificielle pour mieux protéger ses biens. Cette dernière sera doublée pas un système de vérification quotidien, en mesure d’intervenir en cas de cybermenace détectée. Pourquoi s’en prendre à elle ? Les motivations économiques ne manqueraient pas. Mais la mesure majeure est de garantir l’intégrité du patrimoine numérisé, pour qu’aucune altération ne survienne.


Cartes : un topo et un dessin ?

La rigueur suisse en souffrira d’autant moins que son sens de l’humour en sortira grandi. Durant des dizaines d’années, des cartographes ayant établi des relevés territoriaux, ont glissé quelques dessins cocasses. L’Office fédéral de topographie (Swisstopo) héberge en effet quelque 175 années d’histoire cartographique de la Confédération. Par segment de 5 à 10 ans, on y découvre tout le paysage suisse, dans une frise où la minutie apparaît de plus en plus clairement. Une frise chronologique autant que topographique passionnante.

Mais au fil des années, quelques dessinateurs en herbe ont apporté leur contribution, bien en marge des impératifs: ici, une marmotte, là un visage souriant, ou encore un poisson, une gigantesque araignée… Même une femme nue, que l’on devine allongée. Ou inversement.

Mandatés pour reconstituer le réel, ces cartographes ne risquent que peu de sanctions: tous ont quitté leurs fonctions à cette heure. Cependant, leurs illustrations, pourtant parfaitement intégrées dans les éléments visuels, disparaîtront: selon un porte-parole de Swisstopo explique à Eye On Design, «la créativité n’a pas sa place sur ces cartes».


Monsieur, dessine-moi l’histoire de la BD

On attribue la création de la bande dessinée à Rodolphe Töpffer, citoyen genevois (1799-1846), avec les aventures de Monsieur Jabot. Une «littérature en estampes», disait son créateur, qui publia ses histoires à partir de 1833. C’est dire si le 9e Art a toute sa place en Suisse: mais le connaît-on véritablement?

La Cité de la BD à Angoulême propose, entièrement gratuit et accessible en ligne, de découvrir un Mooc — outil d’apprentissage numérique – consacré à la bande dessinée. Il évoque de manière assez complète les différents genres, du manga au roman graphique en passant par les comics et la BD franco-belge. Mais propose également d’aller à la rencontre d’auteurs autant que d’éditeurs incontournables.

Ces cours donnent l’occasion de travailler sur trois axes: l’image et le récit permettent de comprendre les origines du genre, et son développement au XIXe siècle. Par la suite vient son intégration dans les journaux, et cet âge d’or où les illustrés ont fleuri. Enfin sont abordés les liens entre la BD et le monde du cinéma, du spectacle vivant et de toutes les déclinaisons contemporaines. Avec des exercices et des évaluations pour mieux fixer ses progressions.


Nicolas Gary est directeur du site ActuaLitté.