Il faut regarder les gens. Même les plus infimes, les plus anodins peuvent receler une histoire incroyable. Par exemple la petite Liliane (Isabelle Huppert). Elle ne paie pas de mine, sous sa charlotte, dans son usine à pâté, à coller toute la journée des feuilles de laurier sur les terrines. Le soir, elle rentre chez elle et boit un whisky devant les jeux télévisés. Qui se souvient du temps où elle s’appelait Laura et qu’elle terminait deuxième au Concours de l’Eurovision, derrière ABBA? Jean (Kévin Azaïs), un jeune gars qui se rêve champion de boxe et travaille comme intérimaire à l’usine, repère sous le masque de la petite ouvrière une chanteuse que son père admirait.

Elle commence par nier, puis s’adoucit, renoue avec son passé. Elle accepte de chanter une chanson au club de boxe. Cela suffit à relancer la machine médiatique, à rallumer le feu. Jean se met en tête de la ramener sur le devant de la scène. Commence un difficile parcours avec des récitals en EMS ou sur les côtés des courses cyclistes. Laura va-t-elle renouer avec la gloire? Oui mais…

Petites bulles

En demi-teintes, automnale, nimbée de mélancolie, chantant joliment, Isabelle Huppert est une nouvelle fois parfaite dans ce rôle de star déchue. Avant Souvenir, Bavo Defurne a réalisé Sur le Chemin des dunes, qui s’intéresse, selon un schéma similaire, à une ancienne reine de beauté. Si le réalisateur se réclame, non sans un brin d’outrecuidance, du cinéma américain des années 50, et plus particulièrement de Douglas Sirk, c’est avant tout par sa belgitude que le film séduit. Sur les pas des Dardenne, il fait exister les classes sociales les plus humbles – les parents de Kévin, le club de boxe, les ouvrières de l’usine. A la manière de Benoît Mariage, il témoigne de l’empathie à l’égard des petits rêveurs et évoque avec sensibilité le show-biz à l’ancienne. La relation entre Laura et son jeune amant sonne juste.

On peut toutefois regretter que Souvenir trébuche in fine sur la tentation du mélodrame. Le générique de début est plus subtil qui montre en gros plan le pétillement de bulles ambiguës – champagne des temps héroïques ou Alka-Seltzer des lendemains de fête? Tandis que se fait entendre la petite musique des jours gris…


** Souvenir, de Bavo Defurne (Belgique, Luxembourg, France, 2016), avec Isabelle Huppert, Kévin Azaïs, 1h30