Histoire

En souvenir d’Aymon de Montfalcon, avant-dernier évêque de Lausanne, décédé il y a 500 ans

Le grand prince de Lausanne est mort il y a 500 ans. Au-delà de l’épiscopat et de la puissance temporelle, ce véritable homme de la Renaissance fut poète et mécène. L’UNIL, par un colloque, et l’Espace Arlaud, par une exposition, le célèbrent

En 1920, dans le n°14 de la Revue d’histoire ecclésiastique suisse, le grand historien vaudois que fut Maxime Reymond écrivait la chose suivante: «[…] les Lausannois accueillirent avec empressement Aymon de Montfalcon. Ils espéraient entretenir avec lui les meilleurs rapports, et ils ne se trompaient pas. Les vingt-cinq années de l’administration d’Aymon furent une période de paix, troublée une fois ou deux seulement, pour des questions de compétence […]».

Un passeur, des passages

On était alors à la charnière du XVe et du XVIe siècles, en plein milieu des insaisissables mutations portant du Moyen Age vers la Renaissance, et Aymon de Montfalcon (1443-1517), avant-dernier évêque de Lausanne, marqua en effet son temps et son lieu d’une belle manière.

Guère étonnant donc que l’anniversaire des cinq siècles de son décès soit célébré de manière ostentatoire: à l’automne passé, le portail Montfalcon de la cathédrale de Lausanne a été rendu propre comme un sou neuf aux yeux du public après quatorze mois de rénovation. Cette année, et plus précisément dès ces tout prochains jours, deux autres événements marqueront le souvenir du grand homme.

Prince, évêque, poète et mécène

Le premier prendra la forme d’un colloque pluridisciplinaire organisé par l’UNIL – l’entrée est libre. En deux journées (jeudi 31 août et vendredi 1er septembre), une douzaine de conférenciers invités par le Centre d’études médiévales et post-médiévales offriront une série d’éclairages sur la complexité du personnage d’Aymon de Montfalcon.

Richesse indéniable, et aux multiples visages, nécessitant de motiver les ressources de l’histoire, de l’histoire de l’art et de l’analyse littéraire: Aymon, dans un mélange des genres qu’on peine à imaginer aujourd’hui, fut tout à la fois prince, évêque, poète, mécène. Il renforça le pouvoir lausannois, s’improvisa médiateur, avec succès, entre les cantons suisses et la cour de Savoie, sut s’attirer la bienveillance de Rome.

Il a fondé des couvents, entre autres à Morges et à Savigny. A Lausanne, il a fait passablement remodeler le château Saint-Maire et la cathédrale – particulièrement par le portail qui porte désormais son nom. Il a pris la plume dans l’héritage en droite ligne de la littérature courtoise (on peut lire son Procès du banni à jamais du Jardin d’Amour contre la volonté de sa Dame), et s’est fait le protecteur de celle des autres – il accueillit par exemple le poète bourguignon Antitus Favre à sa cour. Autant de facettes à éclairer.

Une exposition à spectre large

La seconde célébration du souvenir d’Aymon de Montfalcon se tiendra à l’Espace Arlaud, à Lausanne, par le biais d’une exposition aussi attrayante qu’instructive: «Déclinaisons gothiques. Le portail Montfalcon de la cathédrale de Lausanne» se donne pour objectif de retracer le destin de cette pièce majeure depuis sa naissance voulue par Aymon jusqu’à nos jours, entre autres par le biais d’un film réalisé avec le département des Digital Humanities de l’EPFL, qui présentera une reconstitution du portail du XVIe en 3D.

L’exposition s’attarde particulièrement sur la reconstruction de ce dernier, entre 1892 et 1909. Un épisode passionnant – tant au niveau de l’esthétique qu’à celui des répercussions politiques –, au centre duquel on trouve la figure du sculpteur Raphaël Lugeon (1862-1943), qui fut à la tête des opérations visant à la résurrection des différentes pièces du portail: l’exposition met en scène le déroulement concret de son travail, de l’outillage aux moulages et aux pièces parachevées.

Elle met surtout l’accent sur un point central: comment, face à un ouvrage par endroits très dégradé par le passage des siècles, faire la part des choses entre la possibilité d’une recréation fidèle et la nécessité d’une création nouvelle? Les présentoirs donnent ainsi à méditer sur une pièce que Lugeon a trouvée dans un parfait état de délabrement. Il crut (voulut?) y voir une représentation du sacrifice d’Isaac, et l’a reconstruite comme telle. Interprétation? Imagination? Les deux propositions dessinent une lutte sans vainqueur, et c’est bien en cela qu’elles fascinent.

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Colloque: «Aymon de Montfalcon, mécène, prince et évêque (1491-1517)». Jeudi 31 août dès 9h15 (UNIL, Anthropole, Salle 2024) et vendredi 1er septembre 2017 dès 9h (château Saint-Maire).

Exposition: «Déclinaisons gothiques. Le portail Montfalcon de la cathédrale de Lausanne». Espace Arlaud, place de la Riponne 2bis. Du 1er septembre au 12 novembre. Me-ve: 12-18h; sa-di: 11-17h.

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