Roman

Souvenirs de la maison des Mensch

Nicolas Couchepin signe un quatrième roman. Un livre choral où l’on découvre une famille aux prises avec un secret et une histoire étrange, poétique et fantasque

Genre: Roman
Qui ? Nicolas Couchepin
Titre: Les Mensch
Chez qui ? Seuil, 212 p.

Théo, Muriel, Marie, les Mensch. Quatre noms. Trois prénoms, un nom de famille. Quatre chapitres qui composent Les Mensch de Nicolas Couchepin. Roman d’un auteur d’ici. Nicolas Couchepin a publié, aux Editions Zoé, Grefferic (1996) et Le Sel (2000), puis La Théorie du papillon en 2008 chez Infolio; et il vient de rejoindre, avec Les Mensch, son quatrième roman, les éditions parisiennes du Seuil.

Nicolas Couchepin a construit son livre comme on bâtirait, peut-être, une maison de poupées fantasque. Car le premier personnage du livre est le lieu où se joue l’histoire des Mensch: cette maison à plusieurs étages, à la cave étrange – tantôt creusée, tantôt comblée puis retrouvée – et au jardin dont la terre semble si bonne à manger aux habitants de la maison – une saveur de «citron» au «goût d’éternité» ou «de solitude». Maison, jardin et cave constituent l’univers des Mensch. Mais l’espace qui leur est dévolu est en fait plus vaste puisqu’il entretient des ramifications anciennes et secrètes avec la maison d’à côté où vit une voisine, dont on découvrira, finalement, qu’elle aussi est intimement liée à la famille.

Dans ces espaces mouvants – la maison, ses pièces grandissent ou rapetissent, libérant ou enserrant ses occupants – se meuvent les Mensch. Théo, le père, Muriel, la mère, Marie, la fille adolescente, et Simon, dit «le taré» ou «le disgracié», Simon l’enfant mongol, l’enfant renard, mangeur de terre, baveux et rigolard, l’enfant qui indiquera peut-être, malgré lui, un chemin à suivre. C’est lui qui montrera une sorte de porte de sortie, voie loufoque mais salvatrice à ses parents, à sa sœur qui tournent en rond, sous l’œil de Lucie, la vieille voisine.

Théo, Muriel, Marie et Lucie. La plume de Nicolas Couchepin s’empare de chacun tour à tour, tandis que la figure de Simon passe dans leurs récits croisés. Ils racontent l’un après l’autre leur histoire, entrelaçant pour le lecteur leurs obsessions, leurs folies, leurs visions. Tous ont leur propre pratique de l’écrit: Théo collectionne les dépêches insolites, Muriel noircit des Post-it, Marie tient un journal, Lucie rédige une lettre testament. Et tout ce petit monde est mis en texte, par un auteur, un certain Nicolas Lievo, image dédoublée de l’auteur véritable.

Labyrinthe de mots et de personnages, d’images et de voix, Les Mensch, qui tourne autour d’un secret de famille, témoigne d’une forte empathie du romancier pour ses personnages – il se coule avec aisance dans la peau des femmes, qu’elles soient adolescentes ou âgées. Nicolas Couchepin possède aussi une imagination vive et attachante. Au terme de la lecture, des images poétiques, obsédantes persistent dans l’esprit du lecteur.

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