C'est une voiture de course qui file devant les tribunes du GP de Suisse à Meyrin, en juin 1923. Comme l'obturateur à rideau de l'appareil n'est, lui, pas très rapide, le bolide se déforme sur l'image en noir & blanc de Frank Henri Julien: les roues de la voiture prennent la forme d'ellipses, la calandre s'avance en pointe vers l'avant. En revanche, l'année précédente, le même photographe professionnel avait tranquillement, sans déformation aucune, saisit la vingtaine de ballons ronds qui participaient à la Coupe internationale Gordon-Bennett, qui se tenait près de l'usine à gaz de Vernier. Ces deux magnifiques images, dues au talent oublié de F. H. Julien (1882-1962), figurent dans la nouvelle exposition photographique de la Maison Tavel, dans la Vieille-Ville de Genève.

Ce musée d'histoire urbaine puise chaque année dans le Centre d'iconographie genevoise pour présenter des photos anciennes qui décrivent un quartier de la ville, ou un thème de son quotidien. La neuvième et avant-dernière édition de la série «Quartiers de mémoire» se concentre sur les jours de fête, de la fin du XIXe siècle aux années 70. Premier constat: la diversité, la quantité et la ferveur des manifestations populaires contredisent la réputation austère de Genève. Que de cortèges, de foules, de parades, de défilés, de costumes, que de prétextes à liesses, libations et rires, que d'instants, aussi, dédiés à la mémoire, à la patrie, à la guerre et à la paix!

Petits et grands faits se mêlent dans cette rétrospective locale, de l'hommage dans les années 50 à la doyenne du canton (Mme Servettaz à Charrot) au toast porté, à la même époque, dans le Palais des expositions au couronnement d'Elisabeth II d'Angleterre. Petites et grandes fêtes s'unissent aussi dans l'exposition, de la photo de mariage prise par Maurice Wassermann (1899-1985) aux fastes du centenaire, durant l'été 1914, de l'entrée de Genève dans la Confédération. Petits et grands événements se côtoient de même sans heurts, tel un Salon de l'auto qui commence dans les années 20 à devenir trop grand pour le bâtiment électoral de la rue Général-Dufour ou le concours du plus beau château de sable à Genève-Plage.

Ce type d'exposition permet bien sûr de confronter la mémoire individuelle et celle de la photographie, de découvrir ou redécouvrir des lieux, de tisser des bribes de souvenirs personnels ou de récits des proches. Un exercice qui peut être pratiqué par les vieux de la vieille comme par les plus jeunes, et par ceux qui sont de souche, d'implantation récente, ou simplement de passage.

Quartiers de mémoire: jours de fête, Maison Tavel (rue du Puits-Saint-Pierre 6, Genève; tél. 022/418 37 00). Ma-di de 10h à 17h. Jusqu'au 10 avril 2005.