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Récits

Souvenirs de revenantes de la Shoah

Trois récits autobiographiques dépeignent la Shoah à travers les yeux de trois adolescentes. Deux d’entre elles ont passé par Auschwitz où le destin a décidé de les laisser survivre. La troisième est restée terrée dans un bunker pendant 18 mois avec sa famille et un groupe d’amis

Genre: MÉMOIRES
Qui ? Ruth Fayon
Titre: Auschwitz en héritage
Titre Original: De Karlsbad à Auschwitz, itinéraire d’une jeune fille dans l’enfer de la Shoah
Chez qui ? Delibreo, 204 p.

Chez qui ?

Qui ? Eva Schloss, Evelyn Julia Kent
Titre: L’Histoire d’Eva
Eva’s story
Langue: Trad. d’Edith Ochs
Chez qui ? Le Cherche midi, 287 p.

Chez qui ?

Qui ? Clara Kramer
Titre: La Guerre selon Clara
Clara’s war
Langue: Trad. d’Isabelle D. Taudière
Chez qui ? Calmann-Lévy, 473 p.

Chez qui ?

Eva, Ruth, Clara. Trois vieilles dames qui ont derrière elle un demi-siècle de bonheurs et de souffrances privés. Et, avant, une autre vie, à laquelle elles consacrent depuis des années une partie de leur temps. Toutes trois, devant des auditoires divers, s’appliquent à dire et à redire l’indicible: leur expérience d’adolescentes juives dans l’Europe de Hitler. Pour que cela ait, peut-être, servi à quelque chose. Pour qu’on n’oublie pas. Ou comme veut le croire la Genevoise Ruth Fayon, pour que ça ne recommence pas.

Toutes trois publient aujour­d’hui les souvenirs de ces années terribles: trois récits vifs, insoutenables et tenacement terre à terre. On croyait tout savoir des abominations nazies, de la machine à dépecer l’humanité en spécimens racialement purs qui a dévoré les communautés juives et tziganes d’Europe. On se trompait. A l’originalité qu’apporte inévitablement tout nouveau récit, il faut ajouter, dans leur cas, la tonalité particulière de leurs regards. Des regards d’adolescentes, à la fois critiques et naïfs, impudiques et purs.

Survivre à Auschwitz

Trois récits de résilience et de chances multiples. Celle, pour Eva Schloss, d’avoir pu se cacher deux ans à Amsterdam où sa famille viennoise s’était réfugiée après l’Anschluss, puis d’avoir été protégée à Auschwitz par une cousine employée dans la hiérarchie de l’infirmerie. Celle, pour Ruth Fayon, née à Karlsbad en Tchécoslovaquie, d’avoir transité par ces institutions sinistres mais, en comparaison, favorisées sur lesquelles les nazis comptaient pour donner un visage respectable à leur politique antijuive: la ville vitrine de Theresien­stadt. Et, à Birkenau, le camp des familles, où l’on pouvait garder des vêtements civils, ses cheveux et une alimentation compatible pendant quelque temps avec la survie. Avant de passer, c’était également au programme, à la chambre à gaz, à laquelle elle échappe avec sa mère et sa sœur grâce au besoin de main-d’œuvre du IIIe Reich finissant et grâce à la protection d’une femme Kapo.

Dix-huit mois sous terre

Clara Kramer, elle, n’a jamais quitté son village de Zolkiew, en Pologne. Avec sa famille, deux couples d’amis et leurs enfants, elle a passé dix-huit mois d’occupation allemande sous terre, dans un abri creusé sous la maison de l’un d’eux, une poignée de mètres carrés où l’on ne peut se tenir debout que dans une sorte de puits creusé à cet effet et où les rejoindront, au fil de la guerre, plusieurs autres per­sonnes.

Au-dessus règne Valentin Beck, un juste improbable, antisémite, ivrogne, intempestif et, au bout du compte, incapable non seulement de cruauté mais même d’indifférence à la souffrance d’autrui. Naguère riches, les parents de Clara se retrouvent à la merci de leur ancienne femme de ménage, Julia, la femme de Valentin, qui n’hésitera jamais à se mettre, avec sa propre famille, en danger pour eux sans jamais demander de payement. Mais le petit groupe d’amis, rejoint par deux enfants en bas âge dont il faut obtenir le silence par tous les moyens, doit aussi partager sa cachette avec un autre couple, qui a acheté sa place auprès des habitants du dessus et ne partage rien des nourritures que sa bourse lui permet encore de s’offrir.

Le récit de ce huis clos terrifiant où les tensions sociales et les passions humaines se jouent au plus près de l’os semble parfois trop exemplaire pour être vrai. Mais Clara Kramer a un témoin: le journal qu’elle a tenu tout au long de sa captivité, sur des cahiers donnés par Valentin Beck et désormais conservés au Musée de l’Holocauste à Washington. Comme celui que tenait, dans une autre cachette plus à l’ouest, une certaine Anne Frank. Dont le père, dans la deuxième vie qui lui a été donnée après la guerre, a épousé la mère d’Eva Schloss…

Et tous les autres

Car on distingue, autour des trois narratrices, de nombreuses ombres: les camarades de classe qu’a eus Ruth Fayon dans l’école juive ouverte à Prague après l’exclusion des enfants juifs de l’enseignement officiel, tous disparus. Les 5000 juifs de Zolkiew, dont seuls 50 ont survécu. Des ombres dont les détails et les anecdotes soigneusement rapportés retracent les souffrances – le violon qu’il faut abandonner, les parents qui disparaissent – et la lutte de tous les instants pour continuer, envers et contre tout, de porter haut sa part d’humanité.

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