Je voulais parler des fenêtres qui s’ouvrent dans les livres. De cette magie bien particulière qui se produit quand un personnage fait ce geste simple. Parce qu’il renvoie toujours au lecteur qui tient son livre grand ouvert et qui prend au visage les embruns, les vrilles des oiseaux, le froid piquant, l’étuve d’août, l’odeur de neige qui s’en échappent.

Je voulais parler des livres qui attendent sur la table ou au pied du lit. Poser ses yeux dessus, c’est déjà une promesse de départ et de rencontres. Les piles de livres tiennent chaud de ce point de vue. Elles condensent du bonheur à venir.

Sur un tapis volant

Je voulais parler des livres dans les livres, c’est-à-dire tous ces livres qui parlent d’autres livres, comme des fenêtres qui s’ouvrent sur d’autres fenêtres qui s’ouvrent à leur tour. Cees Nooteboom (533 – Le Livre des jours) est un maître dans cet art d’écrire comme on chevauche un tapis volant, glissant de livre en livre, comme on entrerait dans des palais aux mille portes. Claudie Hunzinger (Les Grands Cerfs) pose aussi des livres dans ses romans à la façon des cailloux blancs du Petit Poucet. Et Dany Laferrière, qui signe son deuxième roman dessiné, L’Exil vaut le voyage, avec, à chaque page, comme d’un enchantement à l’autre, le récit d’une vie dans les livres.

Et le lecteur de dessiner, au fur et à mesure, une carte aux trésors, un territoire de mots avec des auberges où se ressourcer, se refaire. Parce que la lecture permet exactement cela: redistribuer ses cartes intérieures au contact, poignant et distant tout à la fois, avec ses frères et sœurs humains.

Mais, en fait, je vais parler de comment continuer à ouvrir des fenêtres et à monter sur des tapis volants par ces temps de pandémie. Comment faire pour que la chaîne humaine qui rend les livres possibles en Suisse romande ne sombre pas. A savoir les écrivains, les éditeurs, les diffuseurs-distributeurs, les libraires, les lecteurs. Etre un lecteur solidaire aujourd’hui, c’est lire tout d’abord et, dans la mesure de ses moyens, acheter des livres.

Donner du courage

Où trouver les livres? Chez les libraires qui, bien que les magasins physiques soient fermés, restent ouverts. Par e-mail, par téléphone, sur internet. On trouve une liste des libraires romands qui continuent à vendre et à conseiller sur Livresuisse.ch. Saluons au passage Payot qui a fait le choix responsable de fermer son site alors que les ventes grimpaient en flèche pour préserver la santé de ses employés. Une nécessité assurée dans les petites librairies.

Ce sont les libraires qui peuvent répondre aux questions suivantes: «J’aimerais que mes enfants quittent un peu leurs écrans. Quels seraient des livres capables de les intéresser suffisamment pour ça?» Ou: «Je cherche un roman qui donne du courage, avec des gens qui traversent des périodes difficiles mais qui s’en sortent grandis?» Ou encore: «Ma mère aime les bonnes biographies inspirantes. Que me conseillez-vous?» La journaliste que je suis pourrait donner des pistes. Mais s’il n’y a plus de libraires, plus d’éditeurs, plus de livres, à quoi bon? Soyons solidaires.