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«Speakerine», la vieille télé

CHRONIQUE. La nouvelle série de France 2 plonge dans l’époque des dames qui annonçaient les programmes. Elle se révèle plus potiche que sa matière

Dans Speakerine, il y a une belle musique gâchée, et une Marie Gillain qui réussit à surnager alors que le navire coule dès le premier épisode. D’emblée, le mixage sonore de cette série diffusée ces jours par France 2 flotte, avec un fond musical presque permanent mais jamais assumé, et des dialogues hachés dans un invraisemblable mix de chewing-gum audio.

Il n’empêche qu’au moins, en tapis de fond, on entend la petite musique d’Erik Truffaz avec Alex Jaffray et Gilles Facérias, une ambiance jazzy qui paraît résonner depuis les plus grandes profondeurs de ce petit feuilleton. Ça soulage.

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Une «Mad Men» française?

Selon les intentions rendues publiques par France Télévisions, Speakerine devrait être une Mad Men française. La série veut raconter la grande époque des dames qui scénarisaient les soirées de la France époque de Gaulle. Elle rêve d’embrasser toutes les dimensions de son sujet, la dure affirmation des femmes, les tumultes en Algérie, la grande époque de l’ORF et du Ministère de l’information – laquelle pourrait, en effet, trouver une résonance sous l’actuelle ère macronienne, avec des médias publics tétanisés sinon contrôlés.

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L’histoire commence par la mort de l’amie de la fille de l’héroïne, incarnée par Marie Gillain, dont le mari (Guillaume de Tonquédec) travaille au ministère. D’entrée de jeu, le feuilleton mêle l’évocation du milieu, les batailles intrafamiliales en cette ère pré-Mai 68, et une investigation criminelle.

L’obsession macronienne du «en même temps»

C’est beaucoup, c’est même trop. Dans cet ensemble marqué par de vieux dialogues clichés comme les feuilletons français savent en faire, seule Marie Gillain tient son rôle et sa solidité personnelle. Speakerine s’enlise dans son ambition millefeuille, à trop vouloir étreindre, à rêver de raconter une époque dans sa totalité, tout en poursuivant sa faiblarde structure policière. Speakerine veut être quatre ou cinq séries en même temps – le «en même temps» macronien… – et, au final, ne réussit à en être aucune. On se prend à penser que les potiches télévisuelles de l’époque étaient sans doute plus lucides et pertinentes à leur propre propos que les scénaristes d’aujourd’hui, qui prétendent raconter leur histoire.

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