Scènes

Spectacle total pour femme en colère

Elle a écrit le «SCUM Manifesto» et tiré sur Andy Warhol. Valerie Solanas est à l’affiche du Théâtre des Marionnettes de Genève dans «Chambre noire», un hommage visuel et musical à la féministe radicale

«Le mâle est un accident biologique; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes. En d’autres termes, l’homme est une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital.» En 1967, la militante Valerie Solanas publie le SCUM Manifesto, pamphlet radical où l’écrivaine américaine dit toute sa haine du masculin. Cette femme en colère, qui, enfant, a été violée par son père, est aussi restée dans l’histoire pour avoir tiré sur Andy Warhol, le 3 juin 1968, à la Factory. Un personnage marqué et marquant, auquel le très beau spectacle Chambre noire rend hommage jusqu’à dimanche au Théâtre des Marionnettes de Genève. Poupées de taille humaine, projections et musique s’associent pour dire la blessure, mais aussi la lucidité, d’une féministe révoltée.

Yngvild Aspeli et la compagnie Plexus Polaire ont déjà séduit le public genevois. C’était il y a une année, avec Cendres, un spectacle qui racontait la descente aux enfers d’un jeune pyromane et de ses parents. Déjà, on avait été frappé par le réalisme des marionnettes et l’ingéniosité des solutions visuelles pour représenter les fermes en feu, les jerrycans qui dansent et les villageois hébétés. Déjà, on avait apprécié la grande sensibilité dont cette compagnie franco-norvégienne fait preuve à l’égard de ses personnages.