Il y a un mois, l’universitaire François Jost a signé l’ultime billet de son intéressant blog sur la TV, qu’hébergeait L’Obs. Il y abordait la nouvelle pratique du visionnement de feuilletons en accéléré, le speed watching. Puisque certains logiciels, le lecteur vidéo VLC ou des extensions de Chrome permettent d’accélérer la cadence d’images tout en conservant les dialogues, certains des amateurs de séries les plus boulimiques pressent le pas. La consommation intensive de fictions (le binge watching, encore un terme fait sur mesure) trouve son outil adéquat.

Une vision structuraliste des séries

François Jost qualifie cette manière de voir de «structuraliste»: les adeptes de la découverte de séries façon TGV n’ont qu’une vision limitée des dimensions des feuilletons. Peu leur importent la subtilité des intrigues, les arcs narratifs, les répliques, encore moins les acteurs et la réalisation. Ils veulent l’histoire, dans sa seule structure.

Si l’on pousse un peu la réflexion, on peut dire que les visionneurs frénétiques ramènent les séries à leur quintessence littéraire, celle du feuilleton de naguère. Le dispositif audiovisuel n’a plus d’intérêt, seule compte l’intrigue.

Exploiter la bête, au plus vite

On peut avancer une critique plus charnelle du speed watching. Les impatients devant leurs écrans sont comme les exploitants de ces porcheries régulièrement dénoncées par les vidéos choquantes des associations d’amis des animaux. L’épisode, en soi, devient comparable à la bête que l’on maltraite en accéléré, pour lui faire rendre ce que l’on exige d’elle, au plus vite.

Il est désossé, découpé afin d’en extraire la chair commercialisable – c’est-à-dire, dans notre perspective, l’histoire échangeable à la pause-café, pour faire la roue face aux collègues et aux secrétaires, en spoilant. Et en espérant coucher avec l’assistante du patron.

A supposer que ladite jolie brunette craque, elle devra apprécier la cadence d’usine. Si les «speed watchers» vivent toute sensualité de la même manière qu’ils s’enfilent les épisodes, c’est le plaisir à vitesse x 1,5. Pour mieux retourner devant l’écran?


Nos précédents articles à propos de séries TV