jazz

Spike Jones, le gag fait swing

(4 CD Fab Four/Musicora) Quand l’ancêtre des Monty Python élaborait avec délices son syllabaire du non-sens

Genre: jazz
Qui ? Spike Jones
Titre: The Poet & The Peasant
Chez qui ? (4 CD Fab Four/Musicora)

Vous avez dit jazz? Plutôt deux fois qu’une, tant est flagrante l’inspiration swingante du bonhomme. On n’entrait d’ailleurs pas dans la troupe des City ­Slickers de Spike Jones comme dans un moulin, et les instrumentistes réunis dans les quatre CD de cette insurpassable somme non-sensique sont souvent de méticuleux virtuoses (essayez donc de faire jouer la partie de tuba de «When Yuba Plays The Rhumba With Tuba» à votre voisin de palier!).

Délire parodique garanti, même dans les plus sobres de ces faces – on veut parler de celles qui ne recourent qu’aux quintes de toux étranglées, mitraillettes enrayées, gargarismes sauvages, ­tôles froissées et autres hoquets sismiques. Ecouter à la suite les quatre-vingts échantillons de cette anthologie salutairement thérapeutique fait bien sûr apparaître redites, tics et passages obligés. Mais l’exercice révèle plus encore l’extraordinaire sens de la gradation de ce maître ès incongruités, qui excelle à établir dans le désopilant différents niveaux de dérision, dont il joue en virtuose pour orchestrer sa fresque burlesque.

Cela va de pièces plus strictement musicales volontiers évocatrices de ces marges du jazz où œuvraient avec brio Raymond Scott, voire avec encore plus de légèreté John Kirby («When Buddha Smiles»), à cet iconoclaste «Carmen Murdered» auquel les Monty Python n’auront qu’à ajouter les images pour donner corps à leur propre univers, si savoureusement préfiguré ici.

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