Genre: dvd
Qui ? Spike Lee (2008)
Titre: Miracle à Santa Anna
Miracle at St. Anna
Chez qui ? LCJ-exclusivité Fnac

Spike Lee était une des sensations cinématographiques des années 1980. En lui s’incarnaient deux vertus antithétiques: il était la conscience de la communauté noire américaine et le tenant d’une esthétique chic et choc issue du clip, ce gadget promotionnel d’une vivacité susceptible de dynamiter l’académisme du 7e art. Flashy, jazzy, punchy, Nola Darling n’en fait qu’à sa tête (découvert à Locarno), Do The ­Right Thing ou Mo’ Better Blues créaient l’événement.

Et puis Spike Lee a pris des chemins de traverse. A vouloir toucher à tout, ce qui atteste d’une curiosité admirable, le trublion s’est égaré. De polar (Clockers) en mélo (Crooklyn), de brûlot (Malcolm X) en nanar (Girl 6), le cinéaste a brouillé les pistes, dérouté, lassé, malgré des réussites comme La 25e Heure qui égrène les dernières heures de liberté d’un homme qui va entrer en prison ou, sur un registre plus léger, Inside Man, un casse épatant.

Miracle à Santa Anna (2008) a coûté 45 millions de dollars et en a rapporté moins de 8… Ces chiffres ont dissuadé les distributeurs de prendre des risques. Spike Lee a même porté plainte contre TF1, pour «défaut d’exploitation». Il réclamait 32 millions d’euros, un arrangement à l’amiable vient d’être conclu.

Le cinéaste n’avait encore jamais signé de film de guerre. Il se rattrape en adaptant un livre de James McBride. L’action se situe en 1944, dans le nord de l’Italie, aux côtés d’un groupe de Buffalo ­Soldiers, les Black GI, qui ont combattu pendant la Seconde Guerre mondiale et que l’Histoire a oubliés. Dans la première scène du film, un extrait du Jour le plus long avec John Wayne place d’emblée l’enjeu du film sur le terrain idéologique. Critiquant publiquement Clint Eastwood qui a omis les soldats noirs dans le diptyque Iwo Jima, Spike Lee entend faire un travail de mémoire identique à celui de Rachid Bouchareb dans Indigènes. Le message politique du film se concentre dans une scène marquante: le tenancier d’un diner américain refuse de servir les soldats noirs mais accueille sans problème des prisonniers nazis…

Sinon, Spike Lee s’empêtre dans un film trop long, hétéroclite, clipoïde, mélodramatique, sulpicien, doté d’un prologue et d’un épilogue inutiles. En plus, il filme extrêmement mal les combats. Santa Anna enchâsse une histoire émouvante: le soldat Sam Train, un colosse simple d’esprit, prend sous son aile Angelo, un petit orphelin italien qui voit en lui un «géant de chocolat». Amitié à l’orée du fantastique, car l’enfant et le GI ont des visions. Mais, au lieu de suivre le chemin défriché par Guillermo del Toro dans Le Labyrinthe de Pan , Spike Lee multiplie les intrigues et les personnages, nazis, partisans, traître, fantôme d’un enfant assassiné… Et une ragazza sème la discorde en exhibant sa poitrine…

Enfin, reconstituer le massacre de Santa Anna, quelque 500 villageois massacrés par les nazis le 12 août 1944, est une inutile obscénité: à quoi bon montrer les corps hachés ou un bébé couché sur le cadavre de sa mère dont le sein nourricier est dénudé?

Quant à la morale, elle relève plus du mantra new age que de la revendication raciale: «La sécurité est le plus grand des risques, parce qu’elle ne laisse aucune place pour les miracles et les miracles sont la seule chose sûre dans la vie»…

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Spike Lee

Cinéaste

«Je connais l’histoire d’Hollywood et son omission du million de Noirs américains qui ont contribué à la Seconde Guerre mondiale»