Il doit exister deux Spike Lee. Alors que docteur Lee réalise des films parfaitement achevés (Malcolm X, Summer of Sam, La 25e Heure), mister Spike en bâcle d'autres sans raison apparente (Get on the bus, Girl 6, Bamboozled). Malgré un sujet typiquement ambitieux, She hate me fait hélas partie du second lot. Alors que cette satire de l'Amérique de George W. Bush brasse large, depuis les scandales financiers style Enron jusqu'à la famille homoparentale, on n'en retient qu'une nouvelle charge contre le politiquement correct, désespérément désordonnée et rarement drôle.

Problème de structure? Il faut dire que cette histoire d'un jeune cadre black d'une entreprise de biotechnologie qui découvre et dénonce des malversations financières, est illico licencié et maintient son train de vie en offrant ses services à des lesbiennes en mal d'enfant tient à peine debout. L'idée d'un héros noir, riche et couvert de diplômes qui se trouve réduit à faire preuve d'une virilité sans faille pour une gent féminine réduite à un essaim de lesbiennes a déjà de quoi laisser songeur. Mais quel rapport avec le triste sort du gardien (noir) qui déclencha le scandale du Watergate, par deux fois évoqué?

A l'évidence, Spike Lee court trop de lièvres à la fois. Une musique jazz déplacée, une photo d'une rare laideur, des stars sous-utilisées (Monica Bellucci, Woody Harrelson, John Turturro, Jamel Debbouze, Jim Brown) et un filmage par moments aberrant feraient presque croire à une expérience d'agression calculée du spectateur. Mais non, dans sa forme hétérogène et incertaine, le film ne témoigne que d'une rage singulièrement émoussée. Au lieu d'avoir réalisé son Dr. Folamour, Spike Lee n'aura signé que son Bûcher des vanités.

She Hate Me, de Spike Lee (USA 2004), avec Anthony Mackie, Kerry Washington, Dania Ramirez, Ellen Barkin.