Le 1er Août, ça se fête avec plus ou moins de conviction. Pour sa séance gratuite en plein air de dimanche, le cinéma Spoutnik de Genève propose une manière originale de le célébrer: en découvrant une tradition méconnue: le hornuss. Ce sport ancestral, préservé dans l'Emmental bernois, est le sujet de Schlagen und Abtun, un documentaire de Norbert Wiedmer (Besser und Besser) programmé non sans une touche de perversité. On y trouve en effet de quoi alimenter le débat sur l'avenir de notre pacte national.

La démarche du cinéaste bernois a été d'accompagner dans leur vie quotidienne quatre adeptes du hornuss, jeu à mi-chemin entre le golf et le base-ball, dans l'espoir de voir émerger une valeur symbolique: refuge pour ceux qui sentent leurs valeurs menacées par la modernité, voire substitut à un patriotisme émoussé?

Moins favorablement disposé, le spectateur romand risque surtout d'y voir une sorte de «portrait de l'ennemi». Car comment ne pas deviner derrière ces solides gaillards, employés d'assurances ou représentants de commerce qui communient dans la tradition, un certain röstigraben? Bien sûr, le cinéaste a pris soin d'inclure dans ses portraits celui d'un jeune: mais pour celui-ci, le hornuss n'est qu'une manière de rentrer dans le rang.

Sans doute convient-il de saluer le parti pris de neutralité, seul garant d'une certaine objectivité. Mais un peu plus d'impertinence n'aurait pas fait de mal, n'en déplaise à Adolf Ogi, représentant du Conseil fédéral à la grand-messe du hornuss. Au lieu de quoi on retrouve cette impression de mollesse bon enfant, si ce n'est d'autocensure permanente, qui devient l'ornière du documentaire helvétique télécompatible.

Schlagen und Abtun, film de Norbert Wiedmer (Suisse 1999). Projection à la tombée de la nuit au Fuel, site d'Artamis, et en cas de pluie au Spoutnik, 11, rue de la Coulouvrenière.