Genre: JAZZ
Qui ? Stan Getz
Titre: The Complete Columbia ­Album Collection
Chez qui ? (7 CD Columbia/Sony)

Genre:
Genre: JAZZ
Qui ? Stan Getz Quintets
Titre: The Clef & Norgran Studio Albums
Chez qui ? (3 CD Verve/Universal)

Un scrupule tout de même: celui d’encourager la fièvre commémorative des yuppies du show-biz, jamais à court de chiffres ronds pour rentabiliser un macchabée encore vaguement exploitable. En attendant selon cette logique le 80e anniversaire de son premier joint, va pour l’alibi des 20 ans de la disparition de Stan Getz, qui se concrétisent à ce jour par deux coffrets nécessaires situés presque aux antipodes de sa carrière.

Le coffret Verve magnifie le soliste classique aux idéaux esthétiques clairement formulés, celui d’avant le grand surf sur la bossa-nova vécu comme une trahison horrifique et aurifère par la frange la plus rigoriste de son fan-club. Rien, ou tout, à commenter dans ces séances des années 1952-54 où la perfection formelle semble être un prérequis clairement exigé de chaque musicien par un Getz lui-même ascétique, monacalement et continuellement visité par la grâce. Tout autre est le climat du coffret Columbia, regroupement familial tardif de disques dont on a pu douter à leur sortie qu’ils provenaient tous du même géniteur.

On peut les prendre, c’est (un peu trop) patent, comme l’expression du désarroi d’un artiste que son flirt brésilien a porté au pinacle de la consécration, et qui craint un peu pathétiquement d’en être délogé par la mauvaise mémoire du public. Pourtant, malgré les relations houleuses de Getz avec les décideurs de la Columbia qu’il soupçonne de crétinisme artistique avancé, on y trouve tous les signes d’une remise en question souvent courageuse, qui n’a rien dû lâcher-prise panique ou de l’opportunisme obséquieux.

Superficiellement branchés, ses albums électriques? La secousse que l’on éprouve, aujourd’hui encore, à l’écoute de Captain Marvel n’a rien du court-circuit entre un saxophone supposé suave et le piano électrique d’un Chick Corea rendu incontrôlable par les décharges d’adrénaline de Stanley Clarke et Tony Williams. On tient là, tout simplement, un disque à très haut voltage créatif, qui aurait changé la face du jazz s’il n’était pas resté dans les tiroirs trois longues années après son enregistrement de 1972. Plus électrique encore mais moins convulsif, Another World sonne à la fois comme l’aboutissement heureux et le chant du cygne ultime de ce Getz nouveau qui, comme Miles, n’aura jamais été plus intensément lui-même que dans le changement.

Mais une major se caractérise avant tout par l’effet d’inertie qui l’incite à presser un citron bien au-delà de la goutte ultime: pas de miracle à attendre des Children Of The World et Forest Eyes à l’environnement et au répertoire navrants, sinon celui d’un Getz inaccessible à la médiocrité qui y peaufine obsessionnellement sa sonorité sensuelle, en hédoniste élégant et pudique. Quoi d’autre? Des retrouvailles avec Joao Gilberto, appendice conclusif de la saga bossa-noviste, un album en quartette acoustique qui annonce le retour au classicisme flamboyant des dernières années, et un bijou sans âge en compagnie de Jimmy Rowles, capital petit maître du clavier et des cordes vocales auquel Getz tente ici – en vain – d’offrir une visibilité médiatique décente.