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«Stand-by», épisode 2: la vie post-cataclysme

En Italie, l’éruption d’un volcan fait des millions de victimes et paralyse l’Europe. Face au choc, chacun se réinvente pour survivre. Le feuilleton littéraire romand écrit à six mains poursuit son exploration subtile de notre temps

A la fin du premier «épisode» de Stand-by, publié aux Editions Zoé en janvier dernier, le lecteur quittait ses personnages disséminés aux quatre coins de l’Europe et confrontés à des situations critiques, suite à l’éruption d’un supervolcan napolitain. A Paris, Alix échappe de justesse à un attentat. Au Monténégro, Vasko et ses camarades de classe, livrés à eux-mêmes, sans argent, se débattent dans un nuage de cendres. Au Groenland, l’équipe cosmopolite du Service climatique obligatoire guette en vain son rapatriement.

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C’est le bilan du «Précédemment, dans Stand-by…» qui ouvre le deuxième épisode sur les quatre à paraître en 2018. Si cette formule est plus familière aux amateurs de série qu’aux lecteurs, le feuilleton littéraire n’avait pas attendu Netflix pour s’inventer. Mais Aude Seigne, Bruno Pellegrino et Daniel Vuataz, les coauteurs de cet ouvrage collectif, citent d’avantage Black Mirror ou Les revenants, des succès d’écran, que Balzac ou Dickens, pionniers du genre en leur temps. Soit, il y a longtemps que le livre n’est plus le seul laboratoire de la fiction. Pourtant, ce n’est pas tant pour son suspense insoutenable qu’on s’accroche à Stand-by, mais d’avantage pour le miroir subtil et clairvoyant (quoique toujours trop bref) qu’il nous renvoie du monde contemporain. Des qualités inhérentes aux écritures d’Aude Seigne et de Bruno Pellegrino.

Epoque horizontale

Car Stand-by est résolument ancré dans son époque, et celle-ci semble horizontale. Elle abolit sans complexes toutes formes de hiérarchie, traitant du revenu inconditionnel de base et de la fidélité dans le couple avec la même passion, érigeant naturellement le Big Mac et la coupe menstruelle au rang des nouvelles mythologies contemporaines.

Sous la couverture vert fluo du deuxième épisode, Alix, la journaliste hyperconnectée, se lance dans un voyage pédestre à travers la campagne française. A Podgorica, en rade de batterie sur leurs téléphones portables, les trois ados villeneuvois découvrent les cartes routières, «les cassettes qu’il faut changer de face manuellement» et le charme des photographies mentales «qui ne seront jamais instragrammées». Au Clim Camp, faute de réseau, la nouvelle de la catastrophe est encore inconnue des participants de l’expédition lorsqu’une urgence vitale se déclare.

Forces insoupçonnées

A défaut de pouvoir compter sur les béquilles de la technologie et les refuges virtuels, les personnages de Stand-by vont devoir s’en remettre à leurs ressources personnelles pour affronter des réalités concrètes. Seuls ou en groupe, propulsés en dehors de leur zone de confort, ils se découvrent bientôt des forces insoupçonnées. A tâtons dans la nuit périurbaine, Alix reconsidère ses priorités. Prisonnière de l’hiver polaire, Florence, son ex, découvre le coût caché des responsabilités au moment même où Vasko renoue avec son passé familial. A suivre.


Bruno Pellegrino, Aude Seigne, Daniel Vuataz. Dessins: Frédéric Pajak. «Stand-by» (saison 1, épisode 2), Ed. Zoé, 112 p.

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