Pauvre Kevin Costner! Après avoir manqué de se noyer avec Waterworld, puis vainement tenté de reprendre contact avec ses fans via Pony express dans The Postman, le voici réduit à lancer une bouteille à la mer? Notez, il a encore de la chance: c'est Robin Wright Penn qui la trouve en faisant son jogging sur une plage. Par contre, dès cette scène d'ouverture, on devine que le film ne sera pas très bon, car Luis Mandoki s'empresse de la gâcher en la filmant comme une vulgaire pub. Adieu poésie, bienvenue au monde formaté du romantisme hollywoodien.

A condition de supporter certaines conventions, la bouteille n'est pourtant pas à rejeter tout de suite à la mer. Déjà pour le plaisir de revoir la belle Robin, on admettra son trouble devant la lettre qu'elle y trouve, du genre «pardon, ô mon amour». Jeune mère divorcée, par ailleurs documentaliste dans un grand quotidien de Chicago, elle ne tardera pas à retrouver l'expéditeur, réparateur de bateaux dans un petit port de Caroline du Nord. C'est Kevin, dans son rôle préféré d'homme «nature», un rien timide et bourru mais à redécouvrir. Il s'avérera qu'il est veuf et vit auprès de son vieux père (un rôle en or pour Paul Newman) dans le culte de son épouse disparue. Heureusement, ce qui s'ensuit ne paraît jamais trop facile. D'où une certaine vérité humaine, plutôt inattendue après une telle entrée en matière.

On aura reconnu le mythe de la deuxième chance, si cher à la culture américaine, romantique envers et contre tout. C'est dans ce contexte que réside bien sûr l'intérêt du film. En pleine recrudescence du mélo (Nuits blanches à Seattle, L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, etc.), Une bouteille à la mer ressemble fort à une tentative désespérée d'y croire encore. Mais le développement réaliste du récit paraît avoir posé des problèmes insolubles aux auteurs. Préparez-vous donc à une fin ahurissante – qui pourrait bien avoir été tripatouillée par la production.

A l'image du récent Meet Joe Black, ce film devient dès lors un ratage qui force le respect, car révélateur malgré lui d'une schizophrénie très actuelle. Par contre, pour ceux qui se souviendraient avec émotion de l'attachant When a Man Loves a Woman, du même Luis Mandoki, la déception sera de taille.

Une bouteille à la mer (Message in a Bottle), de Luis Mandoki, avec Kevin Costner, Paul Newman, John Savage,