Revue de presse

«Star Wars»: les critiques apprécient, «Le Monde» fait de la résistance

Attendu comme le messie, l'opus 7 de la saga «Star Wars» sort ce mercredi. Dans l'Espace européen, les critiques en ligne ont été autorisées à paraître dès 09h01. Florilège

C’est une alerte du Huffington Post qui a dégainé en premier sur mon smartphone: «Découvrez notre critique de Star Wars: un pari réussi». Très réussi aussi le gag visuel que le Huffington Post a imaginé pour illustrer le lancement de son article sur sa page d’accueil: un gif parodique de la bande déroulante de chaque épisode de la série où est résumé brièvement l’état de la situation. Ici, c’est le début du texte du Huffpo qui défile. Il fallait y penser! Pour le reste, le journal en ligne constate: «J.J. Abrams, fort de son expérience au chevet d’une autre franchise de science-fiction (Star Trek), était chargé de relancer cet univers mythique, de «réveiller la Force», sur un canevas taillé pour durer. Un pari réussi pour le réalisateur américain qui est parvenu à rendre hommage à la première trilogie en posant les bases d’une nouvelle série. La saga a trouvé son nouvel élu, celui qui doit rétablir l’équilibre dans la force.»

Toute la ribambelle des autres titres rapidement compulsés nage dans la même eau lustrale. L’Obs: «Le Réveil de la Force, certainement le meilleur Star Wars». Libération: «Star Wars dans la force de l’âge». Le Matin Online: «Star Wars remplit son cahier des charges». La Tribune de Genève: «Ce nouvel opus, qui cristallise toutes les attentes, est une réussite indéniable». 24 heures: «Star Wars se réveille avec une Force reliftée.» Le Soir de Belgique: «Star Wars 7 mélange efficacement le neuf et l’ancien». Bref, où que l’on se tourne, à cette heure dans l’univers francophone c’est le consensus qui règne: le nouvel opus de Star Wars est un pari réussi, un bon produit, un excellent même pour certains.

Le Monde est le seul titre à faire de la résistance. Non pas en assassinant le film (du moins pas encore), mais en en retenant encore, à l’heure où nous écrivons, la critique. En lieu et place, sur la page d’accueil du site trône cet article: «Star Wars: le Réveil de la Force: comment éviter les spoilers… ou éviter le film tout court.» Ou cet autre article qui décrit avec force détails les files d’attente et les fouilles pour les premiers spectateurs du film en salle. Cette relative mauvaise humeur s’explique si l’on sait que la diffusion du film s’est accompagnée d’un luxe de précautions auprès de la critique pour que personne ne brise l’embargo décidé par les studios: on ne pourrait lire de recensions du film qu’à partir de 09h01, mercredi 16 décembre.

Cet embargo n’a pas été du tout du goût du Monde qui, dans un article online paru mardi 15 décembre, explique combien les ukases des studios lui paraissent grotesques: «Les conditions que la firme aux grandes oreilles rondes (Disney, qui a racheté Lucasfilm en 2012) a mises à la venue des journalistes à cette avant-première nous ont semblé inacceptables. Comme il en va de plus en plus souvent pour les grosses sorties hollywoodiennes, il y a d’abord cette débauche de précautions qui confinent au grotesque: obtention d’un «QRcode d’accès personnel» subordonné à la signature d’un formulaire d’accord contraignant, lieu et horaire tenus secrets et communiqués la veille sur téléphone portable, présence annoncée d’agents de sécurité équipés de jumelles à vision nocturne, «embargo critique «jusqu’au mercredi 16 décembre, 9 h 01…»

Mais ce qui fâche fondamentalement Le Monde, c’est «la volonté affichée par le distributeur de contrôler le contenu des articles rédigés après la projection du Réveil de la force. Le formulaire en ligne que doivent signer les journalistes désireux d’y assister leur demande, en effet, de «ne pas révéler d’éléments-clés de l’intrigue du film afin de laisser intact le plaisir des futurs spectateurs». Les critiques de cinéma y sont invités à reconnaître «que toute révélation de [leur] part concernant ce film à des personnes n’ayant pas assisté à la projection, constituerait un préjudice pour Disney/Lucasfilm donnant lieu à réparation». Dans un e-mail accompagnant ce formulaire, les expéditeurs vont jusqu’à enjoindre de tenir secrets «les liens unissant les personnages».

Bref, Le Monde ne décolère pas et conclut son attaque dans une diatribe digne de Jean-Luc Mélenchon et des tenants de la gauche de la gauche: «De mémoire journalistique, aucune société de production n’avait ainsi prétendu se mêler du contenu des articles de presse et des conversations privées des journalistes avec leurs proches, en brandissant de surcroît la menace de poursuites judiciaires. Tout cela témoigne de la nature de l’entreprise Star Wars: il s’agit de justifier aux yeux des actionnaires de Disney l’investissement colossal, 4,4 milliards de dollars (4 milliards d’euros), qu’a représenté l’achat de Lucasfilm. Chaque décision, y compris la mise au pas de la critique, procède de cet impératif, plutôt que de l’envie de créer ou de distraire.»

Notons en passant qu’il n’y a pas que Disney qui doit se réjouir de l’engouement suscité par le film et la série: Google aussi doit se frotter les mains tant les mots-clés «Star Wars» et «Star Wars 7» multiplient les recherches sur son moteur. Qui annonce 557 millions de pages pour le premier mot-clé et 450 millions d’occurrences pour l’opus qui nous occupe aujourd’hui.

Au-delà des critiques qui ne manqueront pas de s’égrener pendant toute la journée, une batterie d’articles commencent également à faire florès: ceux où l’on nous explique comment éviter qu’un importun nous dévoile, avant que nous ayons pu aller voir le film, l’intrigue. ainsi Le Monde: «Star Wars: le Réveil de la Force»: comment éviter les spoilers… ou éviter le film tout court». Jusqu’au Point qui s’exclame dans son titre: «Star Wars: voici notre critique du film, garantie sans spoiler!»

A consulter également:

Publicité