Cinéma

Star Wars 
en héritage

En quatre décennies, la franchise 
de George Lucas a eu le temps 
de contaminer plusieurs générations. 
Alors que le prochain épisode sort 
en salles le 16 décembre, les fans 
de tous âges piaffent d’impatience. Portraits

Eliott Boschetti, 11 ans: «Anakin me ressemble»

Pour sonner chez Eliott, le visiteur a le choix entre cinq boîtes à musique fixées sur la porte d’entrée. Selon l’envie du moment, on écoutera la musique des Simpson, Les Quatre Saisons de Vivaldi, Titanic, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, ou… le générique de Star Wars.

Tignasse blonde bouclée avec des reflets roux, yeux bleus rieurs, une bouille à la Télémaque (le fils d’Ulysse 31), Eliott est né vingt-sept ans après la sortie de La Guerre des étoiles, en janvier 2004. Il a connu la saga de George Lucas par l’intermédiaire de ses parents Violaine et Nicolas, à l’âge de 8 ans. «J’ai vu l’épisode IV en premier – «C’est plus soft», tient à préciser sa maman – mais je trouve les trois premiers moins bien faits que les suivants. Mes préférés sont les I et II. Dans La Menace fantôme, j’aime bien les courses de mini-vaisseaux. Et puis c’est Anakin qui gagne. Il avait le même âge que moi. Dans le II, il y a un gros combat final avec les Jedi.»

Ses parents, eux aussi plutôt fans de l’univers galactique, achètent volontiers les BD parodiques liées à la série, comme Naguère les étoiles ou La Guerre du retour contre attaque. Des livres qu’Eliott ne lit pas. Quitte à bouquiner, il préfère les livres issus de Clone Wars, qui se déroulent dans l’univers étendu de la série. Quant à son petit frère Marius, 9 ans, il n’est pas particulièrement mordu pour l’instant. «Mais on a déjà fait des bagarres entre mes figurines Star Wars et ses Ninjago.»

Ah, les Lego… «J’en ai plein! J’ai eu mon premier petit vaisseau vers 6 ans, ensuite le Faucon Millenium, le tank, l’araignée… J’aimerais bien avoir R2-D2, et l’Etoile de la mort aussi…» «Pour tes 20 ans», charrie sa maman au vu du prix extravagant de l’objet. Dans la chambre, un bac entier rassemble briques en plastique et petites figurines à l’effigie de ses héros. En format mini, même Darth Vader a l’air sympathique. En revanche, pas de déguisement en stock dans ses armoires. Mais s’il pouvait en choisir un, ce serait celui d’Anakin, jeune. «Il me ressemble.»

Inutile de préciser qu’Eliott ira voir Le Réveil de la Force dès sa sortie sur les écrans. Evidemment, le jeune Vaudois ne connaît de l’épisode VII que ce que les bandes-annonces ont bien voulu lui montrer. «Je sais qu’il y a un sabre avec deux petits sabres sur le côté [la fameuse double garde, qui a déjà fait bondir les fans, ndlr]. Et je crois que Luke va passer du côté obscur…» souffle-t-il. On lit une pointe d’inquiétude dans ses yeux. Réponse le 16 décembre…

Retrouvez la galaxie Star Wars

Vincent Brügger, 30 ans: «Avec ma collection, j’ai ouvert un musée»

Quand il s’agit de Star Wars, Vincent Brügger ne se trouve jamais bien loin. Ce Fribourgeois de 30 ans est devenu une référence romande en la matière, cumulant, en plus de vingt ans, des centaines d’objets. A tel point qu’en juin 2015, il ouvrait son propre petit musée dédié aux films fantastiques: Across the Screen, à Fribourg. Si ce lieu rassemble toutes sortes d’objets et costumes, originaux et répliques, ayant servis dans des films de science-fiction – Harry Potter, Matrix, Ghostbusters –, les origines de la collection remontent à la galaxie Star Wars.

Vincent Brügger a 8 ans lorsqu’il regarde pour la première fois l’épisode V avec un copain. Han Solo, Leia Organa, Chewbacca, Obi-Wan Kenobi, Luke Skywalker et Darth Vader lui en mettent plein la vue. C’était en 1993, dix ans après la sortie du Retour du Jedi, et six ans avant La Menace fantôme. Ce dernier est une grosse déception. «Ça fait mal quand on est fan et que l’on réalise que c’est nul!» C’est décidé, Vincent Brügger sera un puriste des premiers épisodes.

La réédition des films, en 1997, coïncide avec celle des jouets et produits dérivés qui vont encombrer sa chambre d’enfant. En 2006, il acquiert sa première grosse pièce: une réplique du casque de Darth Vader, pour 2000 francs. «Pour Star Wars, je n’ai aucun objet original, les prix sont fous.» Par contre, ce colosse de presque deux mètres possède un costume sur mesure du méchant de Star Wars. «Je le mets pour les festivals, pour la promo, et à chaque fois que je me rends à des conventions à l’étranger.»

A noter qu’il n’achète pas «n’importe quel gadget». Certains ­produits trop commerciaux ne représentent pas son «type de collection». «Avant l’ouverture du musée, je conservais tout chez moi.» Si, aujourd’hui, les étagères de son entrée sont toujours remplies de figurines et de statuettes, c’est que sur les 500 pièces de son ensemble, seules 300 ont été déplacées dans son musée… «Pour autant, je ne suis pas une caricature du fan de Star Wars, insiste-t-il. Je ne suis pas le genre de geek coincé avec des boutons mais pas de copains.»

Au fil du temps, et au travers du Swiss Fantasy Show, qu’il organise et préside, Vincent Brügger s’est même rapproché de certains comédiens de la saga (Anthony Daniels alias C-3PO, et Kenny Baker qui joue R2-D2). Avec cette vie bien remplie de passionné jusqu’au bout du sabre laser, on en oublierait presque de lui demander quel est son «vrai» métier. Car oui, il est difficile de vivre de sa passion, aussi prenante soit-elle. «Je suis maître socioprofessionnel dans un atelier protégé.» Que la Force soit avec lui!

Lire l'éditorial. Un enfant tu resteras

Didier Charlet, 41 ans: «La princesse Leia a des couilles»

Pour le public romand, il incarne Jean-Gabriel Cuénod, diacre de Chastavel, évangéliste extrémiste issu de l’émission de la RTS 120 secondes avec son triple menton et ses cheveux gras. En privé, il est Didier Charlet, père de famille de 41 ans, fan de jeux vidéo et de La Guerre des étoiles. «Chez moi, il y a du Star Wars dans chaque pièce», prévient-il. Et en effet. Yoda en porte-clés dans l’entrée, saladier Star Wars dans la cuisine, vaisseau spatial qui fait office de mobile dans la chambre de ses filles, t-shirts et caleçons dans les tiroirs de sa chambre à coucher, sabre laser à piles qui fait «piiiiou vvvvoum»…

Ce matin-là, sa fille Lila exhibe fièrement son pull et sa lampe de poche Yoda, avant de filer regarder «exceptionnellement» quel­ques épisodes de la version dessin animé de la saga de George Lucas. «Je suis scandalisé, il n’existe presque pas de figurine de la princesse Leia. Ils ont décrété que Star Wars était pour les garçons. Alors que Leia est un des rares personnages féminins à avoir des couilles.» Une frustration pour ses enfants de 3 et 5 ans? Peut-être, mais sûrement encore plus pour leur père. Lequel a d’ailleurs déjà montré l’épisode IV à sa grande, «en découpant le film par tranches de 10 minutes et en lui expliquant». C’était LA grande question que lui et les papas de son entourage se posaient: à partir de quand peut-on partager sa saga préférée avec sa progéniture? «OK, 5 ans c’est peut-être un peu jeune…»

Lui a dû attendre l’adolescence pour découvrir le côté obscur de la Force. «On n’avait pas la VHS à la maison.» Mais il s’est bien rattrapé. «C’est clairement un des films que j’ai le plus regardés, avec Retour vers le futur et Highlander.» A 14 ans, il devient maître de jeu de rôle sur le thème de Star Wars. A 25, il découvre La Menace fantôme, qui sort sur les écrans: «J’ai fait du déni de nullité pendant deux semaines. Après, j’ai réalisé que c’était de la daube. Les II et III sont passables, mais le I… c’est un mauvais film pour gosses, qui trahit l’esprit des premiers. Les fans de la saga préconisent de les visionner dans cet ordre: IV, V, II, III, VI. Moi je dis IV, V, VI. Un point c’est tout!»

Outré, il l’est aussi par la manière dont George Lucas a retouché la mythique trilogie des années 70. «Il a ajouté des trucs pas possibles. Il faut regarder la Harmy’s Despecialized Edition, celle d’un fan qui a produit un boulot de malade pour corriger les erreurs grossières de Lucas.»

Didier Charlet se réjouit de l’épisode VII, même s’il sait déjà que l’héroïne qui y figure sera sous-représentée en version Lego. «Ce qui serait inacceptable: une trahison comme quand ils ont voulu expliquer la Force. Mais je garde l’espoir, je pense que ce sera bien.» Dans la pièce d’à côté, une petite voix s’élève: «Papa, je veux plus La Guerre des étoiles, je veux Barbapapa!»

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