Et si les aventures de Harry Potter vous étaient contées par… Harry Potter lui-même? Cette mise en abîme semble magique et, pourtant, elle est désormais possible. Ou plutôt, vous êtes dès à présent libres d’écouter (et de regarder) Daniel Radcliffe, l’acteur qui a incarné le mythique sorcier à l’écran, vous lire le premier chapitre du premier tome de la saga, Harry Potter à l’école des sorciers.

Dans une vidéo de 25 minutes, postée sur la plateforme Harrypotterathome.com (destinée à occuper les plus jeunes pendant le confinement, qui se poursuit au Royaume-Uni) et en version audio sur Spotify, Daniel Radcliffe raconte l’arrivée nocturne de Harry Potter au 4, Privet Drive, chapeautée par Dumbledore. Barbe et moustache fournies, installé devant ce qui ressemble à un écran de cinéma, l’acteur offre une lecture fluide du roman – et se révèle plus que convaincant en Vernon Dursley, l’oncle grognon du sorcier.

D’autres ont déjà repris le flambeau et égrèneront, chaque semaine, les 17 chapitres du best-seller jusqu’à la fin de l’été: la comédienne Noma Dumezweni (interprète d’Hermione Granger dans la pièce Harry Potter et l’enfant maudit), les acteurs Stephen Fry, Eddie Redmayne (qui a les lunettes rondes de l’emploi) et Dakota Fanning, jusqu’à… David Beckham.

Bonne cause

Et ils ne sont pas les seuls: depuis le début de la crise, nombreuses sont les stars à s’être plongées dans leurs bibliothèques personnelles pour nous faire la lecture. Fin mars, Judi Dench, Patrick Stewart (Professeur Xavier dans la série X-Men) et plusieurs autres acteurs célébraient l’anniversaire de Shakespeare en récitant ses vers face caméra. Andy Serkis, connu pour avoir interprété Gollum dans les films du Seigneur des Anneaux, a lu vendredi dernier l’intégralité du Hobbit, de J.R. Tolkien, durant un live stream de onze heures.

Une manière (littéraire) d’exister pour des célébrités soudainement privées de visibilité, diront les plus sarcastiques. Des initiatives qui servent en tout cas la bonne cause. La performance d’Andy Serkis a permis de récolter 335 000 francs pour le système de santé publique britannique. Dans la même veine, #Savewithstories, un projet de l’organisation Save The Children, appelle des célébrités comme Jennifer Garner, Pierce Brosnan ou Meghan Markle à lire des romans pour enfants sur un compte Instagram dédié, histoire d’occuper les plus petits encore confinés. La branche suisse s’est aussi lancée, avec l’aide du pilote de formule 1 Kimi Räikkönen notamment.

Garder la flamme

La lecture comme réponse au vide, aussi. Car si les humoristes et les musiciens ont pu, tant bien que mal, basculer leurs talents à l’écran, à grand renfort de capsules vidéos et de live streams, plus difficile pour les acteurs de se digitaliser. Et la perspective de la réouverture des salles semble encore incertaine. A la maison, pas de décors ni de projecteurs: lire des lignes, c’est revenir à la forme théâtrale la plus sobre, celle qui reste: raconter une histoire, avec son salon comme scène et un public virtuel – mieux que rien, diront certains.

«Le lien avec le public, c’est surtout ça qui nous manque, c’est de ça que les acteurs ont besoin. On est morts sans ce regard.» La comédienne romande et co-fondatrice du Théâtre des Osses à Givisiez, Véronique Mermoud, trépigne de retrouver les planches. En attendant, elle a rejoint une quarantaine de ses pairs sur le blog de la plateforme professionnelle Comedien.ch, qui les a invités à enregistrer des fragments de lectures de romans, pièces ou poésies. Au fil d’une série de petites vidéos, on peut voir Maria Mettral reprendre La Vie de Samuel Belet de Ramuz, Anne Schwaller réciter un passage de Cyrano de Bergerac dans le clair-obscur de son salon et Jean-Pierre Gos livrer un extrait de son livre, On ze route (de nouveau).

«Même s’il manque l’ambiance, le bruit et les odeurs d’un théâtre, c’est une manière de garder le moral, de garder une petite flamme allumée», détaille François Roch, responsable de la plateforme et initiateur du projet.

Hommage au répertoire

En dehors du timing – cinq minutes maximum – chacun donne libre cours à son jeu. «Ça va des lectures simples aux plus élaborées, s’amuse François Roch. François Nadin, par exemple, a récité des extraits de fables de La Fontaine avec costume, perruque et accessoires!»

Véronique Mermoud, de son côté, a opté pour L’Homme qui rit de Victor Hugo. Un choix qu’elle a voulu en résonance avec une actualité passée au second plan. «Le livre m’évoque les enfants martyrisés et abandonnés aujourd’hui en Syrie. Et outre mon amour personnel pour son œuvre, Victor Hugo était un homme engagé et visionnaire, ce dont nous manquons cruellement actuellement.»

Des classiques que le confinement a permis de redécouvrir – et de faire redécouvrir. C’est avec cette idée d’hommage au répertoire que les comédiens français se sont, eux aussi, prêtés à l’exercice de la lecture confinée sous la houlette du metteur en scène français Nicolas Briançon. Sur YouTube et Instagram, rassemblés sous le hashtag #Avousdejouer, Jacques Weber, Bruno Solo ou encore Florence Pernel (vue récemment dans Le Bazar de la Charité) se défient sur des extraits de pièces de Molière, Racine et Corneille. «La force des grands auteurs du théâtre classique est qu’ils continuent bien souvent de parler de nous, déclarait Nicolas Briançon à l’AFP début mai. Des extraits courts les rendent encore plus accessibles.»

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Ces déclamations virtuelles, capturées par centaines dans l’intimité de stars comme d’acteurs et actrices moins connus, cumulent aujourd’hui plus de 30 000 vues. Des capsules de théâtre à la mode distanciation sociale, mais aussi de futurs témoins du hiatus inédit qu’aura connu, durant plusieurs mois, le monde du spectacle.