Théâtre

Les States passés à la moulinette du rire

A Genève, les élèves de l’Ecole Serge Martin jouent «Intendance», pépite de ce début d’été. Sur un texte de Rémi De Vos, Joan Mompart livre une vision pétaradante des clichés yankees

Les States passés à la moulinette du rire

Scènes A Genève, les élèves de l’Ecole Serge Martin jouent «Intendance», pépite de ce début d’été

Sur un texte de Rémi De Vos, Joan Mompart livre une vision pétaradante des clichés yankees

Une tuerie. Intendance, pièce de Rémi De Vos sur l’absurdité patriotique «made in USA» est une tuerie de drôlerie et de pertinence satirique. Une salve belge, crépitante, dont Joan Mompart entretient le feu nourri dans sa mise en scène haletante. Ainsi, et c’est une belle surprise, les élèves de l’Ecole Serge Martin signent une des pépites théâtrales de ce début d’été. De Bagdad à Springfield en passant par Hollywood, les onze recrues enchaînent les archétypes yankees sans oublier que l’on partage avec ce cousin lointain beaucoup de ses dérives et de ses excès.

Elle est là, l’intelligence de Joan Mompart. Ne pas ajouter la caricature à cette évocation déjà bien appuyée de l’univers américain. Oui, les jeunes filles de Springfield, bled perdu de l’Utah, versent dans l’évangélisme primaire ou rêvent de devenir des stars de cinéma après avoir été des miss locales. Oui, les réalisateurs de séries hollywoodiennes sont hystériques et dépressifs. Oui, les soldats envoyés en Irak détestent le monde arabe et accomplissent des tâches ridicules, comme nettoyer les égouts, alors qu’ils se vivent en héros des champs de bataille… Ecrite en 2007 pour les élèves du Conservatoire de Paris, cette fresque de Rémi De Vos ne recule devant aucune image consacrée des Etats-Unis. Il en va de la nécessaire logique comique de cette écriture satirique.

Mais Joan Mompart n’est pas du genre à s’arrêter au seul cliché. Dans un portrait qu’on lui consacrait alors qu’il bondissait en amant volant dans Monsieur chasse! (LT du 15.02.2011), l’acteur et metteur en scène disait refuser la noirceur et, surtout, les idées arrêtées: «Je ne comprends pas le cynisme. Par exemple, je ne comprends pas cette manière systématiquement beuglante de représenter les soldats allemands dans les films.»

Quatre ans plus tard, cette citation fait sourire, car dans Intendance, les soldats américains beuglent bel et bien lorsqu’ils intiment de ne pas bouger à des civils irakiens égarés dans la zone sécurisée. Mais c’est pour mieux montrer leur panique et leur fragilité. On rit d’ailleurs beaucoup devant cette levée de… balais de ces cerbères terrorisés.

On rit aussi à Springfield, où Bill (Angelo Dell’Aquila) tente de séduire Jenny (Julie Meyer) et se retrouve pourchassé par une horde de filles en folie, de la cheerleader nymphomane (Sloane Kersusan) aux sœurs siamoises (Céline Ricca et Aaricia Schwenter), en passant par Connie la simplette (Tara Macris) et la fondamentaliste Lucy (Delphine Barut).

Mais le sommet comique est atteint à Hollywood sur le tournage de la série Combattants pour la liberté. Steeve, un acteur à succès (Antoine Courvoisier, excellent), se heurte aux tics de sa partenaire (Cléa Eden) et doit reprendre une dizaine de fois une scène pourtant élémentaire. Devant la caméra, il est ce soldat valeureux et justicier que les vrais militaires à Bagdad ne sont pas… Encore une pique de l’auteur belge, qui poursuit sur sa lancée mordante en peignant un réalisateur formidablement angoissé (Thomas Diebold) et une assistante formidablement dépassée (Charlotte Riondel).

On le voit, le matériau de base est dynamique et cette vivacité est parfaitement relayée par la mise en scène staccato de Joan Mompart. On passe sans peine d’un lieu à l’autre et jamais la cadence ne faiblit. C’est que les comédiens formés à l’école du mouvement de Serge Martin ne saturent pas leur jeu. Ils respirent et leurs personnages respirent avec eux. Cette souplesse permet la fluidité. Chapeau!

Comment, du reste, Joan Mompart a-t-il obtenu un tel résultat en ne répétant que durant cinq semaines, le matin? «En considérant cette aventure comme une vraie production. J’avais la chance d’avoir une troupe méga-motivée, je n’ai pas pensé pédagogie, mais création!» Il a eu raison.

Intendance, jusqu’au 20 juin, à 20h, La Traverse, Genève, 022 909 88 94, www.mqpaquis.ch

Les comédiens ne saturent pas leur jeu. Ils respirent et leurs personnages respirent avec eux. Chapeau!

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