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Stephan Zweig. 

Voyage

Stefan Zweig au pays des Soviets

Comme nombre d’intellectuels de son époque, l’écrivain autrichien sera fasciné par la Russie et sa révolution radicale. Un voyage sur place le fait déchanter

Et si Lénine avait été renversé par une voiture à Zurich? Ou s’il s’était cassé la jambe juste avant de monter dans son fameux «wagon plombé» qui allait le conduire au sommet du pouvoir? Cette hypothèse d’histoire contre-factuelle, évoquée par Stefan Zweig en passant, laisse songeur, cent ans après les événements. Que serait devenue la Russie, que serait devenu le monde sans cet implacable bolchevique à barbiche?

Comme de nombreux intellectuels de l’époque, Stefan Zweig est fasciné par la Révolution d’octobre qui promet l’avenir radieux pour tous les peuples de la terre, et vomit l’impérialisme belliqueux d’une Europe déchirée par la guerre. Mais cette fascination n’est guère celle d’un militant politique, sa tonalité est davantage romantique et littéraire. Trois articles nouvellement traduits de Zweig témoignent de cet engouement.

Au pays du mensonge

Le Wagon plombé est un portrait de Lénine à la sauce zurichoise: Zweig conte l’histoire d’un petit exilé russe au nom imprononçable dont personne n’imagine un instant qu’il changera le cours du monde. Tandis que la Suisse est un nid d’espions pendant la Première guerre, Vladimir Ilitch, l’homme qui habite chez le cordonnier, passe ses journées incognito à la bibliothèque. Jusqu’au jour où il se résout à négocier sa traversée de l’Allemagne en train, pour arriver tel un «obus» à Petrograd où il va pulvériser l’empire.

Dix ans après la Révolution, Zweig s’offre une visite express de l’URSS. S’il craint d’être manipulé, l’auteur d’Amok a encore plus peur de livrer un récit exagéré ou mensonger de la réalité russe. Alors il se montre enthousiaste, quand bien même sa correspondance est plus critique – à Romain Rolland il confie avoir reçu un petit papier clandestin dans sa poche l’avertissant qu’ici tout est mensonge.

Entre Tolstoï et Lénine

Mais le vrai intérêt de Zweig, ce sont les écrivains. Il les trouve héroïques, ces artistes chargés de trouver l’inspiration alors qu’ils logent en masse dans des appartements communautaires, et qui haussent les épaules en disant: «Nitchevo» (ce n’est rien). Et malgré tout l’intérêt qu’il porte à la révolution, «la plus téméraire expérimentation sociale qu’un peuple ait jamais tenté sur elle-même», force est de constater que Zweig est plus à l’aise devant la tombe anonyme de Tolstoï dans les bois qu’autour de la pesante momie de Lénine sur la place Rouge.

Stefan Zweig déteste donner des leçons de morale: «La modeste place de témoin me semble plus honnête que celle du juge.» D’où cette retenue qui peut passer pour de la complaisance. Mais ce digne héritier de la «Mitteleuropa» a toujours refusé aux condamnations publiques – même envers le régime nazi qui brûlera ses livres et le poussera à l’exil. Un exil qui le fera mourir de désespoir, à Pétropolis au Brésil en 1942, juste après avoir livré son puissant testament intellectuel, les fameux Mémoires d’un Européen.


Stefan Zweig, «Le Wagon plombé», suivi de «Voyage en Russie», traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Petite Bibliothèque Payot, 170 p.

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