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Stefano Stoll. (Aline Paley)

Portrait

Stefano Stoll, manageur-curateur

Le «proto-Suisse» s’apprête à lancer la cinquième édition du Festival Images, à Vevey

Demander à Stefano Stoll de dérouler sa vie, c’est s’exposer à rater son train. Parce que l’homme est extrêmement volubile, et parce qu’il a un parcours fourni. Le grand brun fêtera ses 42 ans ce lundi 5 septembre, ou plutôt non: «Cela fait vingt ans que je ne peux pas fêter mon anniversaire et que j’angoisse quatre mois avant! Il y a eu les Journées photographiques de Bienne d’abord, puis le Festival Images.» Ce samedi démarre la cinquième édition de cette biennale en plein air, en intérieur et en immersion; le programme est alléchant.

Une manifestation monumentale, intelligente, culottée

Stefano Stoll s’y consacre désormais tout entier, après avoir longtemps cumulé la charge avec celle de délégué culturel de la ville de Vevey. Il en a fait la manifestation que l’on sait, monumentale, culottée, intelligente et désormais connue bien au-delà du Léman. «Il a été engagé par la commune avec un cahier des charges relativement limité mais il est très vite allé au-delà, par enthousiasme, note Laurent Ballif, syndic de 2006 à 2016. En 1995 déjà, la municipalité avait opté pour ce marketing de «Ville d’images». Lui a su le concrétiser.» A l’époque, les édiles aspirent à réinventer une cité sinistrée par la fermeture des Ateliers mécaniques. Stoll, soucieux de ne pas concurrencer les Journées photographiques de Bienne qu’il a contribué à lancer, imagine un modèle inédit: coller des images dans l’espace public, parfois des tirages uniques et souvent en format XXL. «Ce dont nous rêvions un peu pour Bienne, il l’a fait à Vevey. Stefano a une énergie énorme et communicatrice. C’est un enthousiaste mais aussi un idéaliste aux idées tranchées», estime Carine Zuber, codirectrice du Moods qui l’a côtoyé aux Journées photographiques, à Expo.02 et au Cully Jazz, où il fut également programmateur.

Un grand timide

Le chef de troupe, qui se présente comme un grand timide, se donne deux ou trois éditions encore pour asseoir la formule, puis se posera la question de la suite: «La longévité à un poste de dirigeant, qu’il s’agisse de culture, d’économie ou de politique, n’est jamais bonne. Il faut savoir partir.» En 2014, le barbu postule à la tête du Musée de l’Elysée. Arrivé finaliste, il est finalement écarté au profit de Tatyana Franck, qui n’a pas postulé. «Cela a été un apprentissage extraordinaire de comment fonctionne ce genre de processus et cela m’a convaincu que ma place était dans une structure de type festival, avec une liberté d’action passionnante», estime-t-il aujourd’hui.

La photographie, pas une évidence

La photographie, pourtant, n’était pas une évidence. Stefano Stoll s’inscrit d’abord en médecine, «par défaut, parce que tout le monde est médecin dans [sa] famille». Son père est un gynécologue alémanique, sa mère une psychiatre tessinoise, la famille a quitté Winterthour pour La Tour-de-Peilz en 1980. Il abandonne après une année et s’offre douze mois sabbatiques. «J’ai vu l’expo Robert Frank à Zurich, celle de Nicolas de Staël à Giannada… Cela a été un déclencheur, je me suis dit que je voulais passer ma vie à m’occuper de ce genre de choses. J’en ai parlé à Bernard Blatter, directeur du Musée Jenisch et ami de mes parents. Il m’a donné un seul conseil: faire HEC. Je suis ressorti de son bureau catastrophé.» Le jeune homme s’inscrit pourtant en histoire de l’art et en économie, à Lausanne.

Il bosse comme un forcené

Pendant quatre ans, il bosse comme un forcené. «Le matin, j’allais en cours à HEC et on disait: «Tiens, le branleur de Lettres.» L’après-midi, j’allais en Lettres et on disait: «Tiens, le facho d’HEC.» Un tunnel relie les deux facultés. Nous étions extrêmement peu nombreux à l’emprunter, or je me disais qu’il y avait des ponts à construire. La culture joue un rôle dans le développement économique, social et touristique d’une région. Et sa professionnalisation fait que l’on a besoin d’outils de gestion et de marketing.»

Le double cursus intéresse et Stefano Stoll est invité par un copain d’université à participer au lancement des Journées photographiques de Bienne en 1997, qu’il codirigera jusqu’en 2003. «C’est là que je suis tombé dans la photographie. Je n’étais pas un fondu au départ, admet le quadragénaire en souriant derrière ses lunettes à grosses montures. J’ai de la chance car la photographie est le moyen d’expression le plus répandu en 2016. Il y a un côté espéranto. Des Japonais ou des Esquimaux peuvent liker des trucs que l’on fait à Vevey. Je parle six langues et je considère la photographie comme la septième.»

Son pedigree, un atout

Expo.02 l’engage comme responsable de projets sur l’arteplage de Neuchâtel alors qu’il est encore étudiant. «C’est le meilleur des MBA que j’aurais pu faire. Il y avait tellement de choses à gérer, d’enjeux linguistiques, politiques ou budgétaires.» Stefano Stoll est notamment chargé de la fusion de trois pavillons, alémanique, romand et tessinois, en un seul. Son pedigree est un atout. «Cette triple culture est l’un des cadeaux les plus précieux que nous aient fait nos parents. Je suis un proto-Suisse. J’ai l’impression d’avoir un cerveau alémanique, un cœur tessinois et un corps romand, puisque c’est ici que je vis. C’est la source aussi de beaucoup d’angoisses car j’ai besoin de tout anticiper tout en prenant beaucoup de risques», analyse le fondateur de PictoBello, qui se dit tout entier dédié à son travail. Cette dichotomie dans l’ascendance est double, puisque l’un de ses arrière-grands-pères a fondé le Festival de Locarno et l’autre, par ailleurs co-inventeur du LSD et grand collectionneur d’art, le département de pharmacie Sandoz. Stefano Stoll, une hydre à cinq têtes?


Profil

1974: Naissance à Zurich, le 5 septembre

1980: Déménagement à La Tour-de-Peilz

1997-2003: Codirige les Journées photographiques de Bienne

2001: Licencié en histoire de l’art et économie

2004: Délégué à la culture de la ville de Vevey

2007: Reprend le Festival Images

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