Les images les plus fortes de la Grande Dépression, c’est John Steinbeck qui les a le mieux saisies, sur le plan romanesque, tout en épousant la cause des milliers de migrants qui, la famine et la misère aux trousses, erraient à travers l’Amérique à l’heure du pire séisme économique et humanitaire qu’ait connu ce pays. Dès le mitan des années 1920, alors que cette gigantesque crise se profile avec son cortège de démunis, Steinbeck commence à prendre le parti de tous ces vagabonds brinquebalés de ville en ville. Des métayers itinérants entassés comme du bétail dans des camps de fortune. Des chômeurs en cavale que la police prend pour des «rouges». De petits propriétaires dépossédés de leurs fermes par les banquiers et lâchés sur les routes dans leurs carrioles en direction de la Californie où les attirent les promesses fallacieuses d’un éventuel travail.

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