Le Temps: Etes-vous surpris par le succès de votre livre?

Stéphane Hessel: Je m’attendais à une bonne diffusion mais pas à des centaines de milliers. Je pense que le sujet, le titre, la brièveté du texte et le fait qu’il soit bon marché expliquent cela. Le moment est également favorable; j’ai écrit pour la France, or l’atmosphère y est à l’inquiétude. Le président n’a pas une bonne cote mais l’on ne voit pas qui pourrait le remplacer. A cela s’ajoutent la crise économique et le manque de valeurs fondamentales.

– Qu’espérez-vous?

– Ce livre est une incitation à agir et pas seulement à râler. Il y a deux principaux défis nécessitant d’intervenir et vite: la protection de la planète et les dysfonctionnements de l’économie financiarisée.

– Comment agir?

– A chacun de chercher ce pour quoi il a envie de s’engager, mais les valeurs du Conseil national de la Résistance et de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme sont des espèces de programmes qu’il s’agirait de réaliser.

– Quelle est la priorité?

– L’écart croissant et terrible entre les très pauvres et les très riches. Nous avons besoin de justice sociale. Cela dit, tous les problèmes sont interconnectés.

– Vous incarnez la révolte à 93 ans, un paradoxe?

– J’ai connu les grands bouleversements du siècle. La guerre, la décolonisation, la fin de l’apartheid, l’émergence d’une conscience environnementale, la démolition de Gaza… J’ai la chance d’avoir conservé un fondamental optimisme et le sentiment que si l’on ne se laisse pas aller au découragement, on vit une vie magnifique. En tant que résistant, déporté, ou promoteur de la liberté en Algérie, je me suis confronté à des problèmes difficiles et supposant un affrontement continu. On m’a dépeint un jour comme un «Sisyphe heureux», c’est vrai. Il y a eu beaucoup d’échecs, mais ils ne m’ont pas découragé.

– De nombreux pays espèrent une traduction de votre livre. Et vous?

– Un libraire israélien souhaite traduire mon texte en hébreu; j’en serais d’autant plus ravi que je ne suis pas tendre avec ce gouvernement. Cela dit, je ne suis pas un prophète. Je suis plus frappé par cette diffusion que j’en suis avide. Je préférerais que l’on s’intéresse à des ouvrages plus sérieux comme celui de Susan George.