Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Stéphane Python: «Le Paléo, ça reste une aventure humaine. J’adore la musique, mais j’aime plus encore les gens. Et il y en a beaucoup à rencontrer.»
© Delphine Schacher

Visages de Paléo (1/5)

Stéphane Python, l’humain avant la musique

Le Chablaisien porte depuis un quart de siècle le titre de responsable des constructions au Paléo Festival. Il est le chef d’orchestre d’un chantier qui voit chaque année une ville éphémère de 90 hectares surgir du néant pour six petits jours d’exploitation

Mardi à 15h30, lorsque les premiers spectateurs du 42e Paléo fouleront la plaine de l’Asse, Stéphane Python sera là, en retrait, les yeux humides. Il ne regardera pas ses collègues, ne parlera pas. «Trop d’émotion», glisse-t-il. Né à Champéry, le Valaisan porte depuis 1992 le titre de responsable des constructions. Il travaille à temps plein pour la manifestation, et chaque année, avec son équipe, réussit ce petit miracle: ériger une ville éphémère.

Sur les quelque 90 hectares qu’occupe le festival, quatorze sont dévolus aux spectateurs. Stéphane Python insiste: sa mission première, c’est rendre le public heureux. Il parle accueil et confort, là où ailleurs on cause budget et de rentabilité. Le Paléo jouit d’une cote de popularité enviée – 33 000 festivaliers par soir, pour un total de 50 000 personnes sur le site – qui lui permet de pas continuellement trembler pour sa survie. D’où une vision à moyen terme: le boss ès constructions, qui chaque année améliore de petits détails, analyse l’évolution de la manifestation par tranches de cinq ans.

Jamais sans mes bénévoles

Il a beau être rompu à l’exercice, Stéphane Python est chaque année ébahi comme au premier jour. Il résume l’affaire le plus simplement du monde: «C’est l’accumulation de petites choses extraordinaires qui, au final, rendent le montage du Paléo ordinaire.» Il évoque les 400 cantines à monter, les 10 000 m2 de plancher à poser, les 15 km de barrière à planter, les 50 km de tuyaux à installer pour le transport des eaux propres et usées. Sans oublier 600 raccordements électriques. Mais pas de quoi le stresser.

Il expose d’une voix douce et avec un calme olympien en quoi consiste son travail. On aimerait parler de lui, mais lui, c’est aux autres qu’il veut rendre hommage. Aux 750 bénévoles qui travaillent dans son équipe, à ses cent chefs d’équipes et dix-sept responsables. Au total, le Paléo emploie près 5000 bénévoles, auxquels s’ajoutent les professionnels mandatés pour les travaux dangereux, comme le montage des scènes.

On leur avait confirmé leur engagement le 15 mai, et ils sont tous venus! Je suis très fier de ce qu’on appelle l’esprit Paléo

Stéphane Python est par-dessus tout attaché à ces bonnes âmes dévouées, dont certaines passent sept semaines sur le terrain, à œuvrer dans l’ombre. Le jour où on le rencontre, 200 nouvelles recrues ont débarqué. «On leur avait confirmé leur engagement le 15 mai, et ils sont tous venus! Je suis très fier de ce qu’on appelle l’esprit Paléo.» Quand on lui demande un souvenir marquant, il ne réfléchit pas: «Ce que j’ai fait ce matin, et je me réjouis de cet après-midi.»

C’est paradoxalement durant les trois semaines que dure le montage du site qu’il a le plus de temps libre. Car pour lui, un festival se prépare à l’avance. Depuis janvier, il planche déjà sur l’édition 2018. Durant cette 42e édition, il va accueillir trois entreprises afin de discuter de la scène des Arches, qui a besoin d’être renouvelée. «En ce moment, je me contente de gérer les imprévus et d’organiser les plaisirs communautaires… Je suis le chef des apéros», rigole-t-il.

J’ai appris le métier de maçon, mais ma vraie formation, c’est Paléo

Au moment de résumer son parcours, il n’hésite pas une seconde: «J’ai appris le métier de maçon, mais ma vraie formation, c’est Paléo. J’ai découvert le festival lors de sa 10e édition. Je venais d’arriver dans cette belle région de Nyon et j’ai tout suite voulu être bénévole. On m’a mis en cuisine, où j’avais deux casseroles à nettoyer. Pour moi qui avais l’habitude des cors des Alpes et des sonneurs de cloches, le Folk Festival, qui se déroulait à Colovray, cela a été un choc.»

Transféré aux constructions, le Chablaisien devient rapidement un pilier du futur Paléo. Pour gagner sa vie, il remonte l’hiver à Champéry pour y travailler comme prof de ski. Il s’inscrit aussi à la Haute Ecole d’ingénierie et d’architecture de Fribourg, «mais ça n’a pas marché, il faisait trop beau et trop chaud dehors…» C’est alors qu’il se voit offrir un contrat à plein-temps.

Aventure humaine

Pendant les six jours que dure l’open air, Stéphane Python voit peu de concerts. «Le Paléo, ça reste une aventure humaine. J’adore la musique, mais j’aime plus encore les gens. Et il y en a beaucoup à rencontrer.» Il y a quatre ans, durant l’orage dantesque qui vit Neil Young proposer un show d’anthologie qu’il voulait voir, pour une fois, il a dû gérer le fonctionnement des parkings inondés. Il enchaîne sur la tempête de 1992, qui avait détruit une scène couverte. L’année suivante, le festival innovait en utilisant des chapiteaux de cirque, «plus beaux et plus résistants».

Dans son métier, tout change rapidement. Plus de VIP et sponsors? Une nouvelle «terrasse» est conçue, avec deux étages privés permettant de financer une estrade de 1200 places assises pour le public. Les groupes se déplacent avec plus de matériel? Il faudra prochainement penser à modifier le toit la Grande scène, auquel peuvent être suspendues quarante tonnes de matériel, contre six en 1990, ce qui est limite pour certaines grosses productions.

Un ennemi: le vent

Stéphane Python évoque les défis à relever avec une telle bonhomie que rien ne semble pouvoir le déstabiliser. Il a le tutoiement instantané et l’enthousiasme communicatif, comme s’il incarnait à lui seul cet esprit Paléo dont il est si fier. On trouve finalement son point faible: la météo. Pas de souci avec la pluie, «mais avec le vent, on ne peut jamais être à l’abri d’un accident imprévisible, comme une tente qui s’envolerait à l’arrière du site et retomberait sur les spectateurs.»


Profil

1966 Naissance le 23 février à Champéry

1985 Premier Paléo, qui s’appelle encore Folk Festival. Bénévole aux cuisines

1990 Premier festival sur la plaine de l’Asse

1992 Devient responsable des constructions

2013 Alors que Neil Young chante avec la tempête, doit gérer la pluie qui inonde les parkings

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Comment faire peur au cinéma?

Du «Voyage sur la Lune» à «La nonne» en passant par le «Projet blair witch»: comment le film d'épouvante est-il né et comment ses codes ont-ils évolué au fil du temps? Décryptage en images

Comment faire peur au cinéma?

n/a