La boucle était bouclée. En 2012, dans la cinquième saison de The Big Bang Theory, la sympathique sitcom à base de technophiles asociaux, Sheldon, le geek numéro un, finit par rencontrer Stephen Hawking. Qui se moque de lui. Les protagonistes de The Big Bang Theory ont fait plusieurs allusions au grand physicien. Autant qu’à Leonard Nimoy, l’acteur qui interprète les oreilles de Spock dans Star Trek, leur autre idole.

Or c’est Leonard Nimoy lui-même, le vrai, qui a amené le grand physicien à la notoriété populaire. C’était en 1994. L’acteur invitait le scientifique à se prêter au jeu de la saisie sous forme holographique pour Star Trek: The Next Generation. Coup d’envoi d’une célébrité qui ne s’est jamais démentie.

Un article particulièrement scrupuleux de Wikipédia recense plus de 110 mentions, citations, évocations ou, parfois, apparitions du scientifique dans la culture populaire, y compris les revues non scientifiques et la publicité. L’année de l’épisode TV de Star Trek, Pink Floyd faisait chanter sa voix artificielle grésillante. Radiohead l’a aussi fait sonner. Et bien sûr, l’auteur d’Une Brève Histoire du temps a eu son reflet jaunâtre dans les Simpson, pour une histoire centrée sur le cerveau de Lisa. Dans ce cas, il a prêté sa voix. De même qu’à un épisode d’une autre série animée, Futurama. Pour revenir aux fictions de férus d’informatique, la sitcom anglaise The IT Crowd l’a également cité.

Usons du cliché de journaliste: Stephen Hawking a tout de l’icône. Le savoir incommensurable dans cette caboche tordue, la posture contractée sur la chaise électrique, la voix de vocodeur des années 1970… Le cosmologue opère lui-même, comme un ensemble didactique et visuel, la fusion entre la science et la science-fiction. Il forme un corps compact et maladif, mais dans certains cas, il a la texture éthérée et sacrée d’un suaire. On veut le toucher pour faire rejaillir un peu de cette incompréhensible physique des sphères dans une triviale série TV, ou un film, ou une chanson. En revanche, la vénération des héros de The Big Bang Theory a pour elle sa sincérité, dans le contexte de la sitcom, puisqu’ils sont eux-mêmes physiciens. Reste que là encore, ce n’est pas seulement l’esprit du chercheur britannique qui est admiré. Tout au moins, il frappe aussi, comme toujours, par cette apparence humano-tubulaire.

En sus, Stephen Hawking a déjà eu droit à un biopic, produit en 2004 par la BBC, écrit par Peter Moffat. Surprise, c’est le désormais célèbre Benedict Cumberbatch ( Sherlock ) qui interprétait, sur le mode gouailleur, le scientifique dans ses jeunes années. Hawking est inédit en zones francophones, mais l’éditeur Koba a le judicieux opportunisme de le publier le 4 février prochain.