L'ironie du titre français de cet essai (rien à voir avec le titre original: Rocks

of ages. Science and Religion) ne se laisse comprendre que sur l'arrière-plan exotique de la polémique qui a récemment opposé aux Etats-Unis les créationnistes aux évolutionnistes; polémique qui a culminé dans la décision du Kansas le 11 août 1999 de retirer la théorie de l'évolution (et en physique, celle du Big Bang) de l'enseignement des écoles publiques. Cet épisode marquait une avancée décisive des mouvements fondamentalistes protestants qui, comme le rappelle Dominique Lecourt dans sa préface, «entendaient faire triompher dans les écoles la vérité littérale de la Bible». Pendant que la polémique faisait rage, Stephen Jay Gould, le célèbre chercheur et vulgarisateur, a saisi sa plus belle plume pour défendre sa conviction, qui tient en un acronyme: NOMA, Non-Overlapping Magisteria ou «Principe de non-empiètement», qui veut rendre à la science ce qui appartient à la science, et à Dieu ce qui appartient à la morale. A la science la raison, à la religion la morale subjective irrationnelle: l'esprit du NOMA, sous couvert d'œcuménisme, est farci d'un scientisme implicite qui à son tour mériterait polémique….