Musique

Stevans, renaître après une rupture

Avant de se produire au Chat Noir de Carouge le 20 septembre, le groupe genevois s’arrête mercredi prochain à la rédaction du «Temps» pour un «showcase» exclusif

Après Rupture en 2014, voici Renaissance. En deux albums, Yvan Franel aura résumé littéralement l’histoire de Stevans, le groupe dont il est depuis treize ans la figure de proue. Après deux premiers disques oscillant entre rock mélodique et power pop, la formation genevoise opérait en effet sur son troisième enregistrement un virage l’amenant à explorer des territoires plus synthétiques. Mais au-delà de cette rupture musicale, le titre de l’album faisait également référence à la fin d’une première période dans l’histoire du groupe.

«Mes deux acolytes, qui étaient un peu plus âgés et ont eu des enfants, ont décidé subitement de quitter l’aventure, explique Yvan Franel. Mais cela s’est fait en toute amitié, car on s’était toujours dit que si quelqu’un manifestait le désir de partir, on ne lui en voudrait jamais. C’est une chance, car il y a tellement de groupes qui se sont pris la tête…» Comme toute rupture marque en même temps un nouveau départ, comme une renaissance, le Genevois travaille désormais en duo avec le guitariste Yann Secrest, rencontré après un concert au festival Balélec, organisé chaque printemps par des étudiants de l’EPFL. «Yann m’a fait une offre spontanée en me disant qu’à son avis, il nous manquait un guitariste pour occuper la scène.» L’intéressé confirme: «Je les suivais depuis un moment, et j’aimais bien l’envergure internationale de leurs morceaux, leur envie de grandeur. Mais je me disais qu’il leur manquait clairement un guitariste.» En musique comme ailleurs, un volontarisme assumé peut être un atout.

Son ample

Cette nouvelle collaboration connaît donc son aboutissement avec Renaissance, quatrième album qui creuse le sillon d’une électro-pop extatique, entre ballades mid-tempo et titres plus frondeurs. Si, sur scène, Yvan et Yann ont toujours aimé s’entourer d’un batteur et d’un bassiste donnant une puissance rock à leurs concerts, les deux complices s’orientent désormais vers une formule duo électro correspondant mieux à l’évolution de leur musique et à leurs envies. «On voulait que Renaissance ait avant tout du groove», résume Yvan Franel. Et le Genevois de citer aussi bien Daft Punk et Coldplay, The Weeknd et Michael Jackson, parmi les artistes ayant indirectement influencé l’élaboration de ce disque au son très ample, au souffle taillé pour le dance floor.

La gestation de ce nouvel effort aura été longue. Renaissance aura mis près de trois ans à éclore, et doit beaucoup à la patience du producteur Yann Rouiller. «L’enregistrement s’est fait en une dizaine de sessions de quatre-cinq jours dans son studio zurichois. On a eu le temps de laisser les choses mûrir – un titre comme Fred Astaire aura connu trois versions différentes avant qu’on se décide. Finalement, lors du mix, on a éliminé beaucoup de pistes.» D’où, au final, une belle cohérence mélodique, une approche funky de l’électro-pop.

Tournée chinoise

On a toujours senti dans la musique de Stevans une envie de grandeur, de sortir des clubs alternatifs pour se frotter à de plus grandes scènes, de sortir des frontières helvétiques où, très vite, les programmateurs trouvent qu’on vous voit trop. L’an dernier, le groupe partait pour le Pérou, à l’invitation de l’Alliance française et de l’Ambassade de Suisse. Et en début d’année, c’est du côté de la Chine, en collaboration avec le DFAE (Département des affaires étrangères), que les Genevois enchaînaient six dates. Pour l’occasion, Yvan Franel apprend phonétiquement une chanson populaire. «L’accueil fut incroyable, l’énergie que nous renvoyait le public était dingue.» Fort de cette première expérience, le groupe est d’ailleurs reparti en Asie au début de l’été. «Le fromage, c’est bon, mais l’estomac de bœuf nous manquait», rigole le chanteur, dont le sens de la répartie rappelle qu’il a fait ses débuts sur scène au sein de la Revue genevoise en 2016, avant de se lancer dans l’écriture d’un one man show qu’il a dévoilé en juin 2018 au Caustic Comedy Club de Carouge sous le nom d’Evrard.

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Dans le but de travailler son écriture, Yvan Franel se détourne d’ailleurs de plus en plus régulièrement de l’anglais et des racines British de la pop qu’il affectionne. Plusieurs titres de Stevans ont été adaptés en français – un moyen de rentrer dans les quotas imposés aux radios françaises mais aussi de pouvoir bénéficier du soutien des ambassades pour des tournées dans le cadre d’événements liés à la francophonie. «Car la musique, c’est aussi un bon prétexte pour pouvoir voyager», glisse le chanteur.


Stevans, «Renaissance», Phonag Records. «Showcase» acoustique à la rédaction du «Temps», mercredi 11 septembre à 19h. Inscription obligatoire: www.letemps.ch/evenements

En concert le 20 septembre à Carouge (Chat Noir), le 21 à Wolfhalden (Rock the Wolves) et le 28 novembre à Lausanne (Le Bleu Lézard).

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