La diplomatie sino-helvétique peut aussi être rock’n’roll. Au sens propre du terme. En mars 2019, Stevans partait en tournée en Chine dans le cadre des activités de Présence Suisse, sous le haut patronage du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Bien loin de l’ambiance feutrée des salons d’ambassadeurs, le groupe genevois sillonnait la Chine de Pékin à Hongkong, avant de réitérer l’expérience quelques mois plus tard.

Entre le duo et le public chinois, le courant passe bien. Et malgré la moiteur des mégapoles surpeuplées, ces concerts procurent à Stevans un vent de fraîcheur bienvenu: «Quand on joue à la maison, on est un groupe parmi d’autres. En Chine, on rencontre un public qui est moins habitué à notre style musical, on sent qu’il ne triche pas. Il se dégage de la foule une sincérité rafraîchissante, qu’elle apprécie ou non notre prestation», analyse Yvan Franel, chanteur et meneur du groupe.

Idylle chinoise

Les liens se nouent petit à petit et Stevans entre en contact avec Rose Zhang à travers l’ingénieur du son que le groupe emploie sur place, le même que celui de la «reine de la disco chinoise». Début 2020, avant que le coronavirus ne s’abatte sur l’Europe, ils réalisent un clip musical pour soutenir la Chine dans son combat contre le Covid-19. C’est le buzz sur WeChat, Sina Weibo ou QQ, l’équivalent approximatif de nos Facebook, WhatsApp ou Twitter. Yvan Franel et Yann Secrest, les deux compères du groupe, passent même sur CCTV, la chaîne de télévision nationale. Ils aiment la Chine et elle le leur rend bien.

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Pour Stevans, il est désormais temps de surfer sur cette popularité naissante avant que le soufflé ne retombe. Si Rose Zhang prépare un album de reprises des compositions des Romands, débuts hautement prometteurs, Yvan Franel espère ne pas s’arrêter en si bon chemin: «On va déjà attendre qu’elle sorte ce triple CD mais ensuite, si c’est possible, on aimerait bien monter un projet en duo avec elle. L’objectif serait également de retourner jouer en Chine. Et pour Rose Zhang, ce serait peut-être l’occasion d’être davantage connue à l’étranger également.»

La collaboration entre ces artistes issus de continents différents n’est cependant pas toujours d’une totale limpidité. Afin d’éviter un choc des cultures, les paroles doivent parfois être légèrement modifiées pour satisfaire les règles de bienséance, autrement plus strictes en Chine qu’en Occident.

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Un succès intangible

Chercher le succès au sein de l’Empire du Milieu, c’est aussi se frotter à une autre particularité: le cloisonnement des scènes musicales, où le retentissement d’un groupe s’arrête souvent aux frontières de la Chine. Entre tournées, collaborations avec des artistes influents et buzz sur les réseaux chinois, Stevans met toutes les chances de son côté pour que ses chansons se transforment en hits. Mais si une réussite aux Etats-Unis garantit souvent une exposition internationale, la Route de la soie est un chemin plus ardu que la traversée de l’Atlantique.

Alors comment expliquer un tel hermétisme entre le marché musical chinois et ceux européen et nord-américain? «Je suppose que le fait de ne pas avoir les mêmes réseaux sociaux y est pour beaucoup, avance Yvan Frasnel. Notre clip sur le Covid-19 a par exemple fait plusieurs millions de vues là-bas et ici, personne n’en a entendu parler. On a une fan chinoise qui s’occupe d’alimenter nos réseaux sur place mais on n’a aucune idée de ce qu’il se passe vraiment là-bas, ce n’est pas palpable.»

La route du succès chinois est encore longue, mais Stevans regarde résolument vers l’Est. Avec la sortie d’un nouveau single en novembre, Fred Astaire et sa version française Toi & Moi, c’est un nouveau défi enthousiasmant qui s’annonce en cette période de crise sanitaire, où l’horizon semble quelque peu bouché pour de nombreux groupes.