Au milieu des blockbusters pétaradants de l'été, voici une comédie de caractères qui détonne. Faisant honneur à son titre original à double sens, Bronx à Bel-Air (Bringing Down the House) a cassé la baraque aux Etats-Unis (130 millions de dollars de recettes pour 35 millions de dépenses), relançant au bon moment les actions d'un Steve Martin sur le déclin. Outre-Atlantique, la critique a fait mine de s'offusquer de la timidité du film dans sa représentation du conflit Noirs-Blancs et ses velléités avortées de romance interraciale. Qu'un film hollywoodien veuille bien rappeler l'existence d'un fossé n'est pourtant pas si anodin que ça. Mais surtout, cette variation sur le fameux Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir, avec l'imposante Queen Latifah en lieu en place du clochard joué par Michel Simon, fait vraiment rire – au contraire de tant de tant de pseudo-comédies actuelles.

Après des années 1990 en demi-teinte, Steve Martin est de retour au meilleur de sa forme dans le rôle d'un avocat stressé. Perpétuellement sur la brèche, menacé par la relève dans son étude, Peter Sanderson n'a toujours pas compris pourquoi sa femme l'a quitté avec leurs deux enfants. Il se console avec son téléphone portable et en dialoguant sur Internet avec une juriste également esseulée. Mais le jour où cette dernière se présente à sa porte de Bel-Air (quartier chic et exclusivement blanc de Los Angeles), elle n'est pas tout à fait celle qu'il espérait: Black plantureuse et… évadée de prison, Charlene Morton attend de lui qu'il prouve qu'elle n'a pas commis l'attaque à main armée qu'on lui reproche. Pleine de ressources, elle trouve le moyen de s'incruster jusqu'à ce que Peter s'exécute, non sans s'être dûment décoincé, pour son plus grand bien.

Accordé, tout cela peut paraître bien convenu, avec l'inévitable couplet en faveur de la tolérance raciale bien en évidence. Mais allez imaginer une comédie plus offensive sur ce sujet, corseté entre tous par le «politiquement correct»! Warren Beatty a essayé avec son génial pamphlet politique Bulworth et a connu un échec public. Spike Lee y est allé d'un Bamboozled rageur qui semble n'avoir plu à personne. Plus prudent, Adam Shankman (un ex-chorégraphe qui avait commis les infects Un Mariage trop parfait/ The Wedding Planner avec Jennifer Lopez et Le Temps d'un automne/ A Walk to Remember avec Mandy Moore) se contente d'une satire assez sage des stéréotypes raciaux et sociaux, mais en tire le maximum en laissant la bride sur le cou à ses comédiens.

Queen Latifah possède le physique et le bagout de l'emploi tandis que Steve Martin fait preuve, à 57 ans, d'une science rare du timing comique. Il faut le voir constamment débordé par l'intruse, contraint à «se lâcher» peu à peu. L'inénarrable Eugene Levy (le père d'American Pie) sauve quant à lui l'honneur hollywoodien en figurant un parti blanc pour la reine noire. A ce moment, l'anarchisme plus conséquent de Boudu n'est bien sûr plus qu'un lointain souvenir, mais dans ses limites, Bronx à Bel-Air chatouille à bon escient l'Amérique propre en ordre de George W. Bush.

Bronx à Bel-Air (Bringing Down the House), d'Adam Shankman (USA, 2003), avec Steve Martin, Queen Latifah, Eugene Levy, Joan Plowright, Jean Smart.