Série TV

«Stranger Things» atteint l’adolescence mais devient prévisible

Elle était plus qu’attendue par les nostalgiques des eighties. La troisième saison du grand succès de Netflix a été dévoilée hier et fait la part belle aux monstres et aux bouleversements de l’adolescence. Mais ne parvient plus à surprendre

Pour frissonner un coup en plein été caniculaire, rien ne vaut l’apparition d’un gros monstre de chair gluante aux membres tentaculaires. C’est en tout cas le moment qu’ont choisi les frères Duffer pour dévoiler la troisième saison de leur série, Stranger Things.

Pas vraiment un retour surprise, puisque les fans du succès Netflix – indéniablement l’un des plus gros de la plateforme – l’attendaient en trépignant depuis plus d’un an et demi. Et la nouvelle saison a été annoncée en grande pompe, avec pléthore de teasers sur les réseaux et des partenariats avec de grandes marques. Pour l’occasion, Burger King a même sorti un Whopper spécial «Upside Down», en référence au monde parallèle de la série – il ne s’agissait en fait que d’un pauvre hamburger assemblé à l’envers.

Cette attente dit bien l’ampleur du phénomène Stranger Things qui, en 2016, captivait un large public avec son univers eighties bourré de références à John Carpenter et Stephen King. Et le plongeait en 1982, dans la petite ville fictive de Hawkins, où une bande de copains amateurs de vélo et de jeux de rôles se retrouve à combattre une force sombre, venue d’une autre dimension.

Rage d’hormones

Depuis, les jeunes acteurs ont poussé comme des asperges – des asperges stars qui valent plusieurs millions de dollars. Et la fiction suit le mouvement puisqu’elle raccroche à l’été 1985, alors que la puberté fait rage à Hawkins. Mike et la prodige de la télékinésie Eleven – dite El – sont amoureux comme jamais et ne peuvent s’empêcher de se bécoter à tout bout de champ. Lucas sort avec Max, la skateuse rebelle, tandis que Dustin revient de colonie où il dit avoir lui aussi rencontré une petite amie – même si tous doutent qu’elle existe. Reste Will, pauvre diable exorcisé à la fin de la saison 2, qui ne comprend pas pourquoi ses copains se désintéressent soudainement de leur jeu préféré, Donjons & Dragons.

Premières amours, nouvelle dynamique de groupe, rébellion: la fin de l’enfance est au cœur de cette nouvelle saison, qui n’évite pas les clichés du genre – parents dépassés par les événements, rupture, relooking. Mais emprunts du charme fluo des années 1980, ils en deviennent presque charmants. Et la nostalgie, celle d’une époque qui s’échappe sans qu’on l’ait vraiment décidé, sonne juste.

Rats erratiques

Le changement n’est pas qu’hormonal: la ville connaît elle aussi ses bouleversements, qui prennent la forme d’un grand centre commercial, nouveau QG des ados aux chouchous flashy et chemises à motifs. Le sacrifice des petits commerces sur l’autel du capitalisme, mais rien qui n’alarme plus que ça le maire de Hawkins. Il a autre chose en tête…

Parce qu’on s’en était douté, il y a – de nouveau – quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce coin de l’Indiana. Stagiaire dans le journal local, Nancy, la grande sœur de Mike, découvre que des rats se comportent bizarrement: ils s’agitent, mangent frénétiquement de l’engrais chimique… et finissent par exploser pour former une immonde masse rose. Les aimants se démagnétisent et tombent des frigos. Will aussi sent que le danger est proche, la chair de poule dans son cou ne ment pas. Le portail qui mène au monde parallèle et aux créatures des ténèbres, qu’ils pensaient avoir scellé à la fin de la saison dernière, est-il vraiment hermétique?

Menace soviétique

Histoire de ne pas trop dévoiler de détails, disons simplement que la bataille sera menée sur plusieurs fronts. Une partie de la bande va recroiser la route du Mind Flayer – ou «Flagelleur Mental» –, cette bête arachnéenne de plusieurs mètres de haut aux mâchoires infinies, capable d’infecter des êtres humains pour les asservir. Elle ne boudera pas son plaisir.

D’autres devront se frotter à une menace plus humaine mais non moins perfide: des espions soviétiques – guerre froide oblige – qui trafiquent quelque chose dans un sous-sol de Hawkins et, on le comprend vite, ont quelque chose à voir avec ces manifestations inquiétantes. Des Russes stéréotypés, intelligence limitée et instincts meurtriers, comme un clin d’œil aux films américains de l’époque qui les mettaient volontiers en scène.

On retrouve donc la même ville, le même monstre, la même bande-son nostalgique – Madonna, The Go-Go’s – et la plupart du casting de Stranger Things. A l’instar du duo formé par Dustin, geek rigolard, et Steve, dragueur benêt devenu vendeur de glaces au centre commercial, affublé d’un grotesque uniforme de matelot. Leurs échanges, et l’équipe d’enquêteurs qu’ils forment avec Robin, la collègue dégourdie de Steve, et Erica, 10 ans et ses airs de diva, offrent de jolies pépites – il faut les voir tenter de décrypter les messages codés russes, interceptés sur leur radio artisanale…

Eternelle recette

Certes, les enfants sont grands et les scènes de violence davantage assumées, voire carrément gore, contrastant avec le théâtre bourdonnant et coloré qu’est le mall local - où il se passe des choses étranges. Pour le reste, les huit épisodes ne parviennent jamais vraiment à nous surprendre. On retrouve l’éternelle recette: lumières vacillantes, orage rougeoyant, talkies-walkies grésillants et narines ensanglantées – sans oublier une pluie de placements de produits, de Burger King à Coca-Cola ou encore 7-Eleven.

Le scénario explore quelques pistes intéressantes, comme le machisme des journalistes ou le désir d’infidélité d’une mère au foyer, mais ne prend parallèlement pas le temps de répondre à des questions qui paraissent centrales – pourquoi les Russes veulent-ils tout à coup investir le monde «d’en bas»?

Probablement parce que ce n’est pas primordial pour Stranger Things, qui s’applique surtout à reproduire ce qui a fait son succès: un habile mélange de légèreté, de frousse et de nostalgie. Certains siroteront ce cocktail familier avec quelques glaçons et un sentiment de satisfaction, d’autres sentiront pointer la lassitude. Si le charme opère quand même, c’est qu’on est attendris de voir ces jeunes s’engager maladroitement dans l’adolescence. Dommage que la série ne semble pas vouloir grandir avec eux.

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