Annette Schönholzer, 44 ans, connaît bien la maison Art Basel, et de l'intérieur puisqu'elle y travaille depuis six ans. Surtout, c'est elle qui, comme chef de projet, a mis sur pied Art Basel Miami Beach, sœur cadette de la Foire internationale de l'art bâloise, et assuré sa réussite. «Une opération complexe de grande envergure au cours de laquelle j'ai tout appris: comment donner naissance à un tel événement et comment l'organiser.» D'abord responsable de l'organisation et des finances au sein du trio de directeurs qui a succédé à Samuel Keller, elle assume désormais la codirection d'Art Basel avec Marc Spiegler. Les décisions de fond et de contenu sont donc prises et signées par le tandem.

Née aux Etats-Unis de parents suisses, Annette Schönholzer y passe les premières huit années de sa vie. Puis elle rentre avec sa famille qui s'établit d'abord à Saint-Gall. Avant d'élire domicile à Bâle, elle passe une vingtaine d'années à Zurich où elle étudie l'anglais, l'allemand et le cinéma. Elle appartient alors au monde de la musique et de l'image, fait partie d'un groupe de rock et s'intéresse aux expressions expérimentales. Entre 1994 et 1998, elle figure parmi les animateurs de VIPER, festival international du film, de la vidéo et du multimédia, comme membre de la commission des programmes et commissaire d'exposition.

Progressivement et sur le tas, elle apprend le métier d'organisatrice, puis consolide cette formation par un diplôme auprès du Centre international de culture et management (ICCM) de Salzbourg. Cette compétence s'affirme encore dans les différentes institutions publiques et privées de promotion de l'art pour lesquelles elle travaille, notamment le Service de la culture du canton d'Argovie qu'elle codirige de 1997 à 2001. Ensuite, elle pilote le projet Biopolis, l'une des expositions d'Expo.02 sur l'arteplage de Neuchâtel. Enfin, à partir de décembre 2002, elle prend en main et conduit le projet Art Basel Miami Beach.

A l'aise dans les échanges internationaux comme dans les milieux de l'avant-garde artistique suisse, Annette Schönholzer apporte à sa nouvelle fonction son expérience de gestionnaire tout en renforçant l'ancrage helvétique d'Art Basel.

Marc Spiegler , 39 ans, désormais codirecteur d'Art Basel, était peu connu jusqu'ici en Suisse romande bien que sa signature soit familière à ceux qui s'intéressent à l'art contemporain et à son marché. En effet, en une dizaine d'années, ce journaliste franco-américain s'est affirmé comme un analyste perspicace de l'économie de l'art, de son évolution, de ses tendances, et comme un bon connaisseur du milieu qui lui est lié.

De mère alsacienne, le jeune Marc Spiegler grandit aux Etats-Unis mais passe la plupart de ses étés à Colmar, chez ses grands-parents. «Adolescent, lorsque je m'ennuyais, je me rendais à Bâle et j'explorais les musées. C'est ainsi que cette ville est devenue la première que j'aie bien connue en Suisse.» A des études en sciences sociales en Grande-Bretagne et en sciences politiques en Pennsylvanie, il ajoute un «master» en journalisme auprès de la Northwestern University de Chicago. Sa carrière, qui commence dans la rédaction de l'hebdomadaire NewCity Chicago et se poursuit dans celle du mensuel Chicago Magazine , le porte de plus en plus vers le domaine de l'art.

Ayant choisi cette spécialisation et s'étant établi comme journaliste indépendant dès 1998, il parcourt systématiquement les principales foires de l'art, les biennales et les grandes expositions internationales. Devient familier des galeries et marchands, «car la pratique du «networking» (l'établissement de réseaux) est indispensable à la compréhension du monde global actuel», affirme-t-il.

Il collabore à de nombreuses et influentes publications, entre autres Art + Auction, Art Forum, ART­news, The Art Newspaper, A rt Review, New York Magazine, Neue Zürcher Zeitung, Sunday Telegraph, Wired – et même au Temps à ses débuts! Il contribue également à des sites tels que salon.com, slate.com, artnet.com et artnet.de. Surtout, en 2006, avec d'autres collègues, il fonde le sien, Art­worldSalon.com, qui renseigne sur les rapides évolutions en cours dans le marché mondial de l'art.

A sa solide réputation de connaisseur de ce marché s'ajoute son amitié avec Samuel Keller, le directeur auquel il succède, «qui date de bien avant ma fréquentation du monde de l'art», précise-t-il. Autant dire que Marc Spiegler a mis tous les atouts dans son jeu. Et il parachève en s'efforçant de parler exclusivement en allemand dans le cadre de sa fonction de codirecteur d'Art Basel.