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Le formidable décor de Michael Levine projette sur des parois de papier blanc des univers évocateurs.
© Pascal Victor

Festival

Stravinski en bémol à Aix

Le Théâtre de l’archevêché d’Aix-en-Provence profite moyennement à «The Rake’s Progress». L’image gagne sur la musique

Les nervures, l’éclat, la clarté et les contrastes du monde stravinskien souffriraient-ils du plein air? A moins que le remplacement de Daniel Harding ne déstabilise l’Orchestre de Paris? Le parcours du chef Eivind Gullberg Jensen est pourtant enviable. Mais il y a comme une mollesse dans la fosse du Théâtre de l’archevêché, le soir de la première. Une sorte de tiédeur que le dispositif scénique ne parvient pas à effacer.

Cependant, l’univers du metteur en scène Simon McBurney aurait plutôt tendance à soulever les partitions. L’enchanteur d’opéra offrit à Aix une Flûte mozartienne de haute voltige. Cette fois, avec son frère Gerard à la dramaturgie, les deux complices enferment l’œuvre plus souvent qu’ils ne l’ouvrent sur l’allégorie.

Un décor simple, beau et efficace

De son côté, le formidable décor de Michael Levine s’avère aussi simple que beau et efficace. Une seule boîte en papier blanc ouverte sur la salle. Ses murs fragiles supportent des projections de paysages, pour la fraîcheur de l’amour, ou les dorures d’un château, pour la richesse. Progressivement, les parois se déchirent ou se dénudent pour laisser passer les objets de convoitise mis aux enchères, et illustrer judicieusement l’emprisonnement et les brisures de la folie puis de la mort.

Un système qui s’essouffle

The Rake’s Progress trouve ainsi son sens sur le plateau, dans une débauche de costumes (Chrisina Cunningham) ou d’accessoires colorés, et un défilement palpitant d’images filmées. Mais le système s’essouffle peu à peu. Et un sentiment de répétition en boucle finit par s’installer.

Les chanteurs n’arrivent pas non plus à faire véritablement décoller la production, Kyle Ketelsen mis à part. Le baryton américain projette un timbre de voix dense et libère une énergie vocale remarquable. Son Nick Shadow domine largement une distribution moyenne où Paul Appleby compose un Tom Rackewell convaincant, mais sans grande envergure, et Julia Bullock incarne une Ann Trulove musicale, mais un rien fade. Des séductions visuelles certaines pour un spectacle en définitive bien sage.


La 70e édition d’Aix sera la dernière de Bernard Foccroulle

La prochaine saison sera marquée par trois événements majeurs. D’abord, les 70 bougies du festival créé par Gabriel Dussurget autour de Mozart. Ensuite, la dernière édition du directeur Bernard Foccroulle, qui signera alors sa onzième programmation. Enfin, les 20 ans de l’Académie fondée par Stéphane Lissner. Une année emblématique, donc, avant la reprise de la manifestation en 2019 par Pierre Audi.

Titres révélés à quelques jours de l’ouverture

Les titres de l’affiche ont été révélés, comme le veut la tradition, à quelques jours seulement de l’ouverture. Sur les six rendez-vous lyriques, trois répondront aux critères «classiques»

Ariadne auf Naxos de Strauss sera dirigé par Mark Albrecht et mis en scène par Katie Mitchell, artiste d’élection des lieux. L’Ange de Feu de Prokofiev se verra lui aussi interprété par l’Orchestre de Paris, invité en résidence, et placé sous la direction de Kazushi Ono sous une mise en scène de Mariusz Trelinski, nouvel arrivé à Aix. On retrouvera La Flûte enchantée de Mozart, reprise de la fameuse production de Simon McBurney, avec cette fois Raphaël Pichon à la baguette de son Ensemble Pygmalion.

«Ovni lyrique»

Les trois autres titres programmés passent par la création mondiale de Seven Stones, du compositeur Ondrej Adamek, et Dido and Aeneas de Purcell, produite avec l’Académie du festival (les jeunes Vaclav Luks pour diriger et Vincent Huguet pour mettre en scène). En dessert, un projet fou: Orfeo & Majnun.

Cet «ovni lyrique», dont Bernard Foccroulle avoue qu’il représentera la réalisation la plus ambitieuse de sa carrière, convoque trois compositeurs autour de la mise en regard de deux histoires d’amour mythiques: Orphée et Eurydice pour l’Europe, versus Layla et Majnun pour le Moyen-Orient. L’«opéra participatif» et ambulant, qui invitera citoyens et musiciens de sept pays à intervenir chaque fois dans de grandes parades urbaines, mobilisera un nombre considérable de forces et de talents autour de cultures différentes. A suivre avec intérêt, et de près…

(Sylvie Bonier)


Théâtre de l’archevêché les 7, 11, 14 et 18 juillet. Rens: www.festival-aix.com, +33 434 08 02 17. Retransmis en direct sur ArteConcert le 11 juillet et en direct sur France Musique le 7 juillet.

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