Chronique de l’Art

Street art, de la rue vers les salles de vente

En août dernier, l’œuvre Spy Booth de l’artiste Banksy a disparu du mur qui lui servait de toile pendant plus de deux ans. Très populaire, l’œuvre attirait de nombreux touristes et a été classée par le Council du Borough de Chelthenham. Il ne serait pas étonnant de la retrouver en vente sur le marché

Slave labour, création du même artiste, a été vendue aux enchères à Londres pour 750’000 livres après avoir été retirée du mur d’un magasin à Wood Green en Angleterre. Alors que les prix record des ventes de street art pour des artistes tels que Shepard Fairey et Banksy sont un phénomène récent, les premières ventes d’œuvres de street art arrachées des espaces publics sont apparues dans les années 70 et 80. A cette époque, Keith Haring faisait ses fameux dessins au fusain dans les stations de métro newyorkaises, volés sitôt finalisés.

La mode, les musées et les campagnes publicitaires se servent du street art propulsant ainsi la popularité de cette expression artistique.

Juridiquement, la commercialisation de l’art de rue pose plusieurs défis, le principal étant la question de savoir qui est le propriétaire de l’œuvre et, par conséquent, détient le droit de la vendre. En principe, les graffitis et collages non sollicités qui sont apposés sur le mur d’un immeuble appartiennent au propriétaire de l’immeuble. Cette règle a été confirmée en Angleterre par la High Court dans un litige concernant l’œuvre Art Buff de Banksy.

Deuxièmement, lorsqu’un artiste crée une œuvre de street art se pose la question de sa protection, tant matérielle qu’immatérielle. Le droit de propriété doit alors être distingué du droit d’auteur qui règle notamment la qualité d’auteur, le droit de reproduction et le droit de divulgation. L’artiste space invader avait tenté en vain devant le Tribunal Correctionnel de Paris de qualifier de délit de contrefaçon le fait d’arracher son œuvre du mur pour la vendre sur le marché. Il avait argumenté que cette diffusion était contraire à sa volonté et dès lors, à son droit d’auteur. Les juges l’ont débouté concluant que les prévenus avaient toujours considérés ses œuvres comme apposées illégalement. De plus, l’artiste n’avait pas réussi à démontrer que les prévenus avaient eu l’intention de vendre l’œuvre ou de la diffuser.

En outre, il n’existe pas de moyens fiables pour authentifier les œuvres de street art, ce qui complique leur vente. En effet, certains marchands et maisons de vente s’abstiennent de s’ouvrir à ce marché afin d’éviter des problèmes d’authenticité. Jusqu’à sa fermeture, le comité d’authentification de la Keith Haring Foundation avait d’ailleurs toujours refusé d’authentifier les dessins que Haring avaient créés dans les stations de métro. Cette même stratégie a été adoptée par le comité d’authentification pour les œuvres de Banksy, Pest Control, qui ne certifie pas les œuvres de street art en expliquant que ces œuvres n’ont jamais été destinées à la commercialisation.

A Chelthenham, le conseil municipal s’est penché sur l’affaire du Banksy disparu, ayant réalisé que le classement de l’œuvre dans le but de la garder dans son contexte n’était pas un frein à l’engouement suscité par le street art. Ainsi, les tribunaux devront vraisemblablement s’atteler à d’autre cas de street art arrachés et amener plus de clarté juridique à ce phénomène.

*Docteure en droit, chargée de cours à la London School of Economics and Political Science, directrice de la Fondation pour le droit de l’art et avocate-stagiaire chez Froriep.

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