En ce moment, il multiplie les entretiens. D'embauche. Même s'il ignore encore ses résultats finaux aux examens en Hautes Etudes économiques (HEC), Andres Andrekson anticipe la sanction favorable de l'Université de Lausanne. Il voudrait trouver un emploi «dans un secteur créatif, comme le marketing». Il ne conçoit pas une seconde de vivre seulement de la musique, même si la pléthore de concerts et ses ventes de disques le lui permettraient. «Si je ne travaille pas, mon cerveau tourne au ralenti.» Andres a 25 ans. Sous le nom de Stress, il est sans doute l'espoir le mieux confirmé du rap suisse.

Emigré estonien, débarqué à Genève dès son douzième anniversaire, Stress est entré en hip-hop par la danse. Rapidement, sur les plateaux de plein air, il rencontre Nega, alter ego scandeur, et Yvan, manipulateur de samples, avec lesquels il fonde Double Pact. Le groupe, dont la faconde impeccable lui assure en une poignée de nuits la réputation de relève annoncée, débarrasse la syntaxe rap de ses lieux communs. Pas de rébellion construite dans leurs textes assez drôles pour être entendus sérieusement. En février dernier, Stress publie son premier album solo, manifeste indépendantiste qu'il baptise comme son double dérangé, Billy Bear. Et là, l'histoire prend une autre ampleur.

Economiste dans l'âme, planificateur scrupuleux, Stress prend les devants pour faire de Billy Bear un tournant. Il change d'agent, contacte l'éditeur mastodonte Universal qui lui signe un contrat suffisamment ouvert pour que sa liberté de manœuvre soit assurée. «Dans Double Pact, nous avions connu de mauvaises expériences avec notre label. A l'époque, je découvrais ce monde.» Grâce à une campagne de promotion rarement égalée pour un jeune artiste romand (un troisième clip est en cours d'élaboration), le rappeur défrise le marché du disque helvétique.

Près de 15 000 exemplaires de l'album sont écoulés sur le territoire national, dont une large proportion du côté alémanique. Une consécration. Et la sortie française, prévue pour septembre, devrait donner à cette carrière une dimension neuve. Depuis longtemps, Stress participe des réseaux européens du hip-hop. Sur son disque, il a fait appel à des célébrités hexagonales (Disiz La Peste, Bouga) mais aussi à la star allemande Xavier Naidoo: «Il n'y a pas de doute que ce type de participation favorise la vente de disques. Mais il s'agit surtout d'une belle exception propre au milieu du rap que de pouvoir inviter des artistes importants.»

Si Stress est au seuil d'une trajectoire internationale, il le doit moins à une stratégie de commerce qu'à son phrasé virtuose, engorgé, et à des paroles d'une pertinence ouvragée. Sur scène, entouré de quatre musiciens, il anime depuis plusieurs mois les clubs d'outre-Sarine avec un spectacle qu'il continue sans cesse d'affûter. «Je n'ai jamais bénéficié d'aide. Ce que nous avons réussi à faire, nous ne le devons qu'à nous-mêmes. Et cela, c'est un début de fierté.» Légitime.

Stress. Dimanche 27 juillet, 16 h 30. Club Tent.