Cinéma

Elle stresse, elle stresse la banlieue dans «La lutte des classes»

Michel Leclerc traduit le malaise du multiculturalisme dans une comédie sympathique propre à réconcilier les contraires

Sofia (Leïla Bekhti), d’origine maghrébine, est une brillante avocate. Paul (Edouard Baer), Français de souche, est batteur dans un groupe punk nommé Amadeus 77. Elle s’accommode du monde tel qu’il est; anar inoxydable, il vomit le capital jusqu’à l’absurde. Ils s’aiment et quittent la capitale pour s’installer dans un pavillon de banlieue, à Bagnolet, où Sofia a grandi. Leur fils Corentin, dit Coco, se retrouve dans une classe où la diversité chahute à tire-larigot une maîtresse qui multiplie les euphémismes politiquement corrects («matière animale à caractère porcin»…) pour ne heurter aucune sensibilité.

Le chaos scolaire indispose nombre de parents qui inscrivent leurs gosses dans des établissements plus huppés. Pour Sofia, pas question de trahir le pacte républicain en mettant Coco dans le privé. Pourtant, lorsque le gamin, de plus en plus blanc et isolé dans une mosaïque de galopins issus de la diversité africaine, arabe, chinoise et plus exotique, a des ennuis avec ses camarades qui le traitent d’incroyant, les parents revoient leur position idéologique.

Bonhomme de chemin

En 2010, Michel Leclerc balançait dans le paysage cinématographique français un pétard jubilatoire, Le nom des gens, comédie érotique et pamphlet politique joyeusement délirant dans lequel une jeune gauchiste délurée nique les hommes de droite jusqu’à ce qu’ils entonnent L’Internationale… Avec Télé Gaucho et La vie très privée de Monsieur Sim, le réalisateur a continué d’allier la tendresse, l’humour et une touche de mélancolie.

Gouailleur et consensuel, il poursuit son bonhomme de chemin avec La lutte des classes, classé dans la catégorie «un film qui fait du bien», exprimant les tracas de la France contemporaine dans un contexte où les communautés tendent à supplanter les «classes». En fin de compte, tout le monde il est sympa.

Baer et Bekhti interprètent avec finesse ce couple qui se perd pour mieux se retrouver, et Ramzy Bedia fait un formidable directeur d’école, gueulard et truculent. Certains moments sont désopilants, notamment quand le recteur du Collège Saint-Benoît découvre le clip du fameux tube d’Amadeus 77, sobrement intitulé J’encule le pape. Sinon, l'action tend à stagner, à s’enliser. Quant à la fille aînée du couple, on se demande à quoi elle sert, puisque après deux interventions, elle disparaît totalement du paysage.


La lutte des classes, de Michel Leclerc (France, 2019), avec Leïla Bekhti, Edouard Baer, Ramzy Bedia, 1h43.

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