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«Strike», série d’après J. K. Rowling, un joli faux couple de roman noir

La série adaptant les polars de l’auteure d’«Harry Potter», écrits sous un pseudonyme masculin, sort en DVD. Cormoran Strike, détective privé, et son adjointe Robin y brillent dans les rues de Londres

Il y a, à la fin du quatrième épisode de la série C. B. Strike (ou tout simplement Strike), un instant de grâce. Robin Ellacott (Holliday Grainger), la jeune employée temporaire du détective Cormoran Strike (Tom Burke), vient de recevoir un billet de la main de ce dernier. C’est un bon informel pour une formation en filature. Alors que son intérim arrivait à son terme, le message est que le patron veut la garder. Elle marche dans la rue, avec un sourire doux et radieux. Un plan de femme heureuse, en toute simplicité, d’une dizaine de secondes. Un moment.

Evidemment, c’est une série: les choses se gâtent dès le prochain épisode, dans la vie privée de Robin. Mais ces quelques secondes ont permis au scénariste d’illustrer la passion de la protagoniste pour sa nouvelle vie, dans ce domaine pourtant scabreux des investigations. De faire rayonner Robin, elle qui compte tant, désormais, dans l’histoire de Cormoran Strike.

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J. K. Rowling aime bien «Robert»

Car la série est une affaire de tandem professionnel qui s’attire un peu, un schéma classique poussé assez loin dans ce cas. Inédite ici, C. B. Strike sort dans un coffret DVD (chez Elephant) qui rassemble sept épisodes, soit trois histoires en trois, puis deux tranches chacune.

Les questions de relations hommes-femmes apparaissent, de manière plutôt cocasse, dans la genèse même de la série. Il s’agit d’adaptations de romans de J. K. Rowling, mais que la romancière d’Harry Potter a signé… Robert Galbraith. Elle a expliqué naguère qu’elle ne voulait pas voir ses polars, puisque c’en est, être inscrits dans la même veine que ses histoires d’apprentis sorciers.

Au total, quatre romans sont parus

En fait, elle n’a jamais vraiment expliqué pourquoi elle a choisi un nom d’homme: elle a raconté que petite, elle rêvait de s’appeler Ella Galbraith, et que Robert, comme Kennedy, est son prénom masculin préféré. Ainsi naquit Robert Galbraith. A ce stade, il a écrit quatre romans noirs, dont trois, donc, sont adaptés pour la BBC. Ces trois-là sont parus en français chez Grasset; le quatrième est annoncé en traduction pour avril.

Le pseudonyme est bien sûr un secret de Polichinelle, et le générique de la série se révèle assez amusant sur point: il est indiqué que l’épisode qui suit est «adapté des romans de Robert Galbraith», puis, quelques noms plus tard, que la série est «coproduite par J. K. Rowling».

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Cormoran, tout l’attirail du détective

Le personnage fort de Galbraith est donc Cormoran, drôle de nom, et curieuse vie. Fils d’un couple de rock stars, il a fait la guerre en Afghanistan, où il a perdu une jambe. Il compte utiliser ses talents acquis sur le terrain pour des affaires à résoudre, et s’installe dans un bureau de l’animée Denmark Street, à Londres, non loin du British Museum. On commence par l’imagerie complète du détective: la porte d’entrée du bureau avec son nom sur la vitre, le désordre ambiant, les factures qui s’accumulent, beaucoup de cigarettes et pas mal de picole.

Robin, la fraîcheur maligne

Et voilà que se pointe la maligne et fraîche Robin, envoyée par une agence pour le secrétariat, la demande de Strike portant sur une durée limitée. La jeune femme, bientôt fiancée, vient d’un univers plus conventionnellement bureaucratique, et elle gagne moins à ce poste, ce que ne manque pas de lui faire remarquer son petit ami, qui est fan de finance. Mais dès la première affaire, L’appel du coucou, sur la mort d’une top-modèle dont le frère suspecte qu’il s’agit d’un meurtre, Robin se passionne pour ce travail, y compris ses aspects parfois dangereux. Et elle entame, avec Cormoran, une relation dont l’ambiguïté est nécessaire à la tension dramatique de l’ensemble.

Dotée d’une fin pour le moins tirée par les cheveux, la première enquête, la plus longue, est aussi la moins bonne. Le cas suivant, la disparition d’un écrivain fameux, permet à l’auteure de dépeindre un milieu littéraire avide de célébrité, de vengeance et même de sang. La troisième ramène Cormoran à ses origines et aux milieux troubles fréquentés par ses parents. Elle rapproche aussi un peu le tandem, mais pas trop. Cette délicate attirance jamais dite, ce trouble dans l’air, fait du duo d’investigateurs le plus joli faux couple de la TV actuelle.

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