La Compagnie du tourisme international de Confucius (CTIC) croyait pourtant bien faire. Pour inaugurer ses activités en décembre dernier, cette nouvelle société de Qufu, le village natal du plus grand penseur chinois situé dans la province du Shandong, a offert un nettoyage gratuit à l'un des trésors de la nation chinoise. C'est connu, les touristes aiment le propre et les couleurs vives. Le grand temple de Confucius, la maison et les tombes de ses descendants devaient donc être débarrassés de leur poussière et toiles d'araignées.

Ignorant tout des règles de la restauration, les agents touristiques ont attaqué les reliques aux lances d'arrosage et à la brosse. Le résultat a été décapant: les peintures murales jusque-là protégées des flashs ont été victimes de subites boursouflures avant d'éclater en lambeaux. «Certaines plaques de peinture tombées au sol atteignent cinq centimètres de diamètre», rapportaient en début de semaine les médias chinois. Les stèles des descendants du sage ont subi le même sort et les spécialistes s'attendent au pire avec les bois du temple imprégnés d'eau alors que les températures ont chuté bien en deçà du zéro degré.

Une enquête a été ouverte. Mais le mal est fait. Le massacre du berceau de Confucius – qui avait pourtant survécu aux ravages de la Révolution culturelle – n'est que le dernier en date d'une longue liste de catastrophes culturelles. Après avoir défiguré ses villes, la Chine semble s'acharner à enlaidir ses quelques monuments d'intérêt historique ou naturel. Les montagnes sacrées sont balafrées de téléphériques et les temples se transforment en parcs de récréation.

L'année dernière, l'Unesco a refusé d'inscrire la ville de Chengde, l'ancienne résidence impériale d'été au nord-est de Pékin, au patrimoine de l'humanité: le site est envahi d'hôtels et étouffe sous les assauts des vendeurs de souvenirs. Le gouvernement s'en est ému, mais s'en tient à ses priorités économiques. Et le tourisme est un secteur très prometteur. La CTIC a été créée par les autorités de Qufu et une entreprise de Shenzhen. «Celle-ci a pourtant connu un grand succès dans l'industrie du voyage ces dernières années», explique en forme d'excuse un responsable du Bureau des reliques culturelles du village de Confucius.