Une plage face à des pitons rocheux qui surgissent de la mer. Un jeune routard au physique d'Apollon redécouvrant la nature allongé sous des cocotiers qui étendent leur ombre sur une plage de sable blanc. Un scénario idyllique pour un acteur de rêve, Leonardo DiCaprio, dans le rôle du jeune aventurier à la recherche de lui-même sur les routes du royaume de Thaïlande. En quelque sorte une version «routard» de Sa Majesté des mouches avec des adolescents à la place des intrépides marmots de William Golding.

Mais loin du luxe, du calme et de la volupté, le tournage dans une île du sud de la Thaïlande du film The Beach – tiré du roman à succès d'Alex Garland – par la 20th Century Fox s'est déroulé dans le bruit et la fureur. A tel point que la star de Titanic en a elle-même été secouée. Leo s'est senti obligé de publier un communiqué pour contrer ses détracteurs: «J'aime la Thaïlande. Ce pays est magnifique, les gens ici sont particulièrement chaleureux et hospitaliers. Je me sens privilégié de tourner un film ici.»

La raison de tant d'amertume? La Century Fox a «refait» la plage de Phi Phi Leh, où se déroule l'action du film, pour mieux la conformer à l'image hollywoodienne d'une baie paradisiaque. Les bulldozers ont creusé des trous pour y planter une soixantaine de palmiers. Les plantes locales ont été déracinées sur une centaine de mètres de plage et placées sous serre pendant les deux semaines du tournage qui vient de s'achever. Sans oublier deux tonnes d'ordures qui ont été enlevées par l'équipe de production lorsqu'elle est arrivée sur les lieux.

Enervés par tant d'audace, une vingtaine d'écologistes thaïlandais ont sorti leurs étendards: «Leo, ne viole pas notre plage», «Arrête de massacrer nos parcs nationaux». La troupe d'Hollywood s'est pourtant entourée de toutes les précautions imaginables: une étude d'impact sur l'environnement menée par des experts locaux a été effectuée. Une garantie financière a été déposée en cas de dommages. La production s'est engagée à remettre la plage exactement dans l'état où ils l'ont trouvée (moins les ordures).

Quand on voit les immeubles construits par les promoteurs thaïlandais qui défigurent le centre de l'île et les monceaux de détritus qui s'accumulent derrière les bungalows, on s'étonne de cette poussée d'urticaire à l'encontre de ces «diables blancs» venus planter des arbres. Des coupes illégales massives de bois précieux dans les forêts du nord de la Thaïlande, des centaines de milliers d'hectares de terres arables détruites par la salinisation provoquée par l'élevage de crevettes n'ont pas provoqué la même ardeur.

Tempête dans un verre d'eau? Sans doute, mais elle a bien failli faire chavirer le passager des soutes du Titanic. Leonardo a fait preuve d'une discrétion absolue pendant son séjour et aucun journaliste n'a pu l'approcher à moins de 100 mètres.