Redynamisé par l'adoption du projet de réforme de la Constitution, l'Office fédéral de la culture (OFC) ne cache pas ses ambitions. Il est passé lundi dernier à l'offensive avec la publication d'un rapport de près de 400 pages, dressant une sorte d'état des lieux du paysage culturel national (lire LT du 29 juin). Réalisé avec l'aide de Pro Helvetia et grâce à la collaboration d'un groupe de journalistes culturels mandatés pour l'occasion, le texte milite en faveur de structures plus centralisées et d'un renforcement du rôle de l'Etat, notamment en matière de coordination. Esquisse d'une nouvelle politique culturelle, le document dresse également une liste de mesures que l'OFC entend concrétiser d'ici à 2003. Réactions, de part et d'autre de la Sarine.

24 Heures

«Une meilleure politique culturelle suisse passe par une coordination accrue des pouvoirs publics et des institutions privées. Cette analyse de l'Office fédéral de la culture résulte d'un rapport donnant largement la parole aux artistes. Selon eux, il ne manque pas d'argent pour la culture, mais il est mal réparti. Ces créateurs font généralement confiance aux pouvoirs publics. Ils souhaitent même que l'Etat joue un rôle important. Ils mettent aussi l'accent sur les carences dans le domaine de la formation.» (29 juin 1999)

Le Quotidien jurassien

«Les mesures de l'OFC visent à démocratiser la culture en l'encourageant durant la scolarité ou en favorisant la lecture. La création d'une sécurité sociale pour artistes nécessiteux, ou d'une fiscalité plus favorable pour eux, est envisagée. Il y est aussi question de la sauvegarde de la mémoire audiovisuelle. […] «Je constate qu'il existe bel et bien une culture suisse. Mais elle risque bien d'être alémanique», a dit la présidente de Pro Helvetia, Yvette Jaggi […]. Cet épais document réunit notamment quatorze points de vue subjectifs sur différents domaines culturels. Ils sont signés par autant de journalistes, après rencontre avec de nombreux artistes. «Un seul de ces points de vue a été rédigé en français. Dans l'ensemble le rapport est de création et de rédaction allemande. Je ne m'y oppose pas en soi, mais j'y vois un signe.» (29 juin 1999)

Basler Zeitung

«La Confédération pourrait, dit la Constitution révisée, soutenir certaines activités culturelles.» La Confédération aimerait donc savoir ce qu'elle doit ou peut faire, dès lors qu'elle en a désormais la possibilité. […] «Plus d'Etat»: est-ce vraiment cela que souhaitent les acteurs culturels? Et «plus d'Etat» signifie-t-il davantage de centralisation? Dans tous les cas, ce dont nous n'avons certainement pas besoin, c'est d'un nouveau prix fédéral pour la culture. Pas plus d'ailleurs que d'un théâtre national, ou une académie des beaux-arts. Le bavardage culturel a déjà suffisamment d'importance et de terrain conquis. […] «Plus d'Etat»: une solution supportable seulement si cette requête est soutenue par un motif clair et légitime […]. Dans ce cas seulement, l'appropriation de la culture par la Confédération serait plus qu'un simple tour de passe-passe dans le jeu du pouvoir fédéral. La restructuration du paysage culturel suisse deviendrait alors d'autant plus nécessaire.» (29 juin 1999)

Tages-Anzeiger

«Les acteurs culturels souhaitent plus d'Etat et moins de fédéralisme. L'encouragement fédéral à la culture n'aurait apparemment pas mauvaise réputation, dit Anna Schindler [journaliste, éditrice du rapport, ndlr.] dans son bilan. Au contraire: de part et d'autre se ferait entendre un fort appel en faveur d'une augmentation des compétences et d'une coordination renforcée par le biais d'une centralisation. Selon le rapport, «peintres, écrivains, musiciens et danseurs semblent en avoir assez du fédéralisme et du principe de l'arrosoir». Les acteurs culturels suisses ne veulent donc pas seulement davantage d'argent de la part de l'Etat, revendication qui figure dans plusieurs sections du rapport. Ils sont surtout d'accord, selon Anna Schindler, sur le fait que cet argent, lorsqu'il ne manque pas, est mal distribué. L'Etat se devrait donc d'être plus actif, en particulier dans quatre domaines: la coordination, l'établissement de réseaux, l'information et la formation.» (29 juin 1999)

Neue Luzerner Zeitung

«La culture et l'Etat entretiennent des rapports ambigus. Inséparables et dépendants l'un de l'autre, ils ne parviennent pourtant que difficilement à cohabiter lorsqu'ils sont trop proches. Les artistes sont des résistants et l'Etat doit les encourager. Mais il ne devrait pas obliger la main qu'il nourrit à le caresser. Evidemment, les choses peuvent se passer très différemment. L'art peut être décoratif, aider à faire la fête et amener du prestige, tout sponsor le sait aujourd'hui.

»Les institutions coordinatrices ne sont pas à blâmer, et les regroupements ne sont pas forcément néfastes. Mais dans un pays qui brandit le fédéralisme comme principe, surtout en matière de culture, les désirs manifestés dans le rapport de l'OFC laissent perplexe. Où ailleurs que dans le domaine culturel la différence et la diversité doivent-elles trouver leur place? Ce n'est pas un argument contre le renouvellement des structures existantes, mais en faveur de la mise en place d'un large réseau, en lieu et place d'un processus de concentration. Les épines de la culture sont nécessaires partout, y compris dans les régions, et surtout à petite échelle.» (29 juin 1999)